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GAZETTE
DU
BON TON
ART, MODES
& FRIVOLITÉS
LUCIEN VOGEL, Directeur 1Q22
Tome II
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Paris
LES PUBLICATIONS LUCIEN VOGEL
11, Rue Saint-Florentin, 11
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GAZETTE
DU
BON TON
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TABLE DES MATIERES
DEUXIEME SEMESTRE
(Juillet à Décembre 1922)
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TABLE DES ARTICLES
Pages
ANECDOTES ROMANTIQUES Edmond JALOUX 165
Dessins d'Erik SIMON
ARRANGEMENTS DE COIFFURES CELIO 305
Dessins de ZINOVJEW
ARMORIAL DES ÉCRIVAINS FRANÇAIS . . Jean de BONNEFON 177,273
Dessins de Joubert de BUSSY
AUTOMNE OU LA CHASSE DANS LES BOIS
dessin de Pierre MOURGUE 224
AVIATION (L') . dessin de Pierre MOURGUE 296
BACCARA Gérard BAUER 197
Dessins de Roger GHASTEL
BAIN DES ENFANTS (Le) Georges Armand MASSON 221
Dessins d'Helen SMITH
BOIS DANS LA MODE (Le) CAYLUS 277
Dessins de Pierre MOURGUE
CANTINES D'AUTO CELIO 269
Dessins de Ch. MARTIN
CHAPEAUX PLIANTS (Les). VAUDREUIL 265
Dessins de MARIO SIMON
I
/s
Pages
CLAIRS DE LUNE ET DÉJEUNERS DE SOLEIL
Dessins de MARIO SIMON Jean LABUSQUIÈRE 1 85
COQUETTERIE FÉMININE George CECIL 261
Dessins de Gh. MARTIN
EN MER, OU COSTUMES ORIGINAUX ET PRATIQUES POUR FAIRE DU YATCH, DU BATEAU A VOILE, L'ÉTÉ, SUR
LA MER Emile HENRIOT 173
Dessins de BÉNITO
FEMME TRIOMPHANTE (La) George CECIL 341
Dessins de Gh. MARTIN
FÊTES DANS LE CIEL. — IMPRESSIONS NAPOLITAINES
Dessins de Gh. MARTIN George BARBIER 297
FICHUS (Les) SIKI 237
Dessins de Pierre MOURGUE
FLACONS ......;», Dessins de MARIO SIMON 293
GOLF (Le) Dessin de Pierre MOURGUE 268
GORGERETTES (Les) . ... . Robert BURNAND 289
Dessins de Ch. MARTIN
HOMME DU SOIR (L') dessin de BÉNITO 308
MODE AU MATCH (La) Gerard BAUER 285
Dessins de Pierre MOURGUE
MODE ET LE BON TON (La) .... Jeanne RAMON FERNANDEZ 194, 226
NÉCESSAIRES (Les) Robm LINZELER
Dessins de Georges LEPAPE
NEMROD OU LE DÉPART POUR LA CHASSE
Dessin de Pierre MOURGUE 252
OISEAUX BLANCS (Les) VAUDREUIL 50,
Dessins de BENITO
PETIT A PROPOS EN PROSE SUR DES TISSUS . . . VAUDREUIL 213 Dessins de Pierre MOURGUE
POUDRE ET LES BALS (La) ... rin m
Dessins de MARIO SIMON ....... Oli^lU 235
POUR CENDRILLON j ■
UUN dessins de MARIO SIMON 249
PYJAMAS D'ENFANTS /-
Dessins d'Helen SMITH ' V ' ^^ BERCKMANS 18.
Pages
ROBES ASYMÉTRIQUES Georges Armand MASSON 257
Dessins de BÉNITO
ROBES-PAGNES (Les) VAUDREUIL 169
Dessins d'André MARTY
RUISSEOLA CLOKY, OU VESTES ET MANTEAUX COMBINÉS
DANS DES TISSUS NOUVEAUX CELIO 201
Dessins de SIMÉON
SOIRÉE AU THÉÂTRE (La) dessin de Pierre MOU RGUE 280
STATUES D'OR (Les) George Armand MASSON 229
Dessins de BÉNITO
SURPRISES DE l 'OPÉRA (Les). — LETTRE D'UNE PERSONNE DE QUALITÉ A UNE AMIE HABITANT GRENOBLE Dessins d'André MARTY Vicomtesse de SYGOGNES 209
TON DE PARIS (Le) George BARBIER 189
Dessins de Ch. MARTIN
VARIATION SUR DES RUINES. — POMPÉI . . . George BARBIER 217 Dessins de Ch. MARTIN
VELOURS ET LAMÉ ." VAUDREUIL 245
Dessins de George BARBIER
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TABLE DES PLANCHES HORS -TEXTE
Nos Planches
AMALFI. — George Barbier 7 54
"AU REVOIR, MON AMOUR . . . ". — Bénito 9 67
BANCO. — Pierre Mourgue 7 4g
BELLE AFFLIGÉE (La). — André Marty 8 59
CALINE (La). — André Marty 6 43
CAPE ADMIRABLE (La). — Georges Lepape g 64
CENDRE DE LA CIGARETTE (La). — André Marty 10 77
CINQ SENS (Les). — L'ODORAT. — Pierre Mourgue 7 53
LE GOUT. — Pierre Mourgue . 8 56
DEUX COUPS DE CHAPEAU. — Pierre Mourgue 9 68
ENFANT A LA GRENADE (L'). — André Marty . 8 61
ENTREVUE MATINALE (L'). — Georges Lepape 6 46
ESPÉREZ. — George Barbier 6 48
ÉTÉ (L'). — Ch. Martin 6 41
ET D'UNE! — Pierre Brissaud . . 7 50
GLACE (LA) ou UN COUP D'ŒIL EN PASSANT. — André Marty 6 47
"LAISSE -LE MOI PRENDRE . . ."...— André Marty 1Q 73
LONGCHAMP. — Bénito 6 44
" NEUF HEURES ! ... IL FAUT QUE JE RENTRE DINER ..."
Pierre Brissaud 8 57
NID DE PINSONS (Le). — André Marty 6 45
ON SE REVERRA, J'ESPÈRE . . .". — Bénito 8 58
PAUVRES PETITES BÊTES " ou LE VOYAGE SENTIMENTAL.
Bénito 10 74
PORTRAIT DE MME y. R. ET DE SA FILLE. — Ch. Martin ... 9 69
PROMENEUSE MÉLANCOLIQUE (La) . — George Barbier ....... 8 63
ROSALINDE. — George Barbier 10 75
ROSE DU JARDIN (La). — Ch. Martin 7 55
SORTILÈGES. — George Barbier 9 66
SUZANNE ET LE PACIFIQUE. — Siméon . 6 42
y
C4
U
Nos pianches
SYMPHONIE AUTOMNALE. ~ George Barbier g ?l
"TANT DE CHAGRIN ..." ou L'INFIDÈLE.— Bénito g g5
TÊTE A TÊTE. — Pierre Brissaud 10 ?2
UNE CAPE DE MADELEINE VIONNET. — Thayaht i0 76
UN MANTEAU DE MADELEINE VIONNET. — Thayaht 9 ?0
UNE ROBE DE MADELEINE VIONNET. — Thayaht 8 62
UNE ROBE DE MARTIAL ET ARMAND. - Georges Lepape ... ; 7 52
VACANCES AU CHATEAU (Les). — Bénito 7 5l
VESPER. — George Barbier 8 60
TABLE DES PAGES DE CROQUIS
Nos
OU VA LA MODE ? 6
LE MANTEAU COURT, EN FOURRURE ET EN CUIR 7
LES LIGNES GÉOMÉTRIQUES DANS LA MODE
CRAVATES DE CHASSE, RRACELETS-MONTRES, LE SAC A MAIN, BRIQUETS AUTOMATIQUES, MANCHES DE PARAPLUIE, PEIGNES, LES GANTS, LISEUSES ET BONNETS 8
LES MANTEAUX DU SOIR, EN FOURRURE ET EN SOIERIE COMBINÉES
JARRETIÈRES ET JARRETELLES, ÉVENTAILS, LE SOULIER, LE BOUTON, LES CANNES POUR DAMES, LA PLUME DE BASSE COUR, LES BOUCLES D'OREILLES, LA FLEUR ARTIFICIELLE 9
ROBES ET TAILLEURS INSPIRÉS D'UNIFORMES DE DIVERS ORDRES RELIGIEUX
L'OMBRELLE, VEILLEUSES ÉLECTRIQUES, LA VOILETTE, L'HEURE, CRAVATES POUR HOMMES, LES MIROIRS, LE SOULIER, LE MOUCHOIR 10
S/AfOJV
Ù E GOETHE
ANECDOTES ROMANTIQUES
LE 10 juin 1923, il y aura un an que, pour la première fois, Eckermann pénétra dans la maison de Goethe et, frémissant d'émotion, commença de noter sur un journal intime les propos de son idole.
Il se présenta à midi. Un domestique l'attendait. Des moulages de statues grecques qui décoraient l'escalier évoquèrent à ses yeux la passion de son maître pour l'art antique. Nous pouvons supposer que c'étaient là de médiocres reproductions de sculptures à demi décadentes et de tumul- tueux plâtres romains. Mais ils subjuguèrent le faible Eckermann. De nombreuses femmes passaient et repassaient dans la maison. (Il ne nous dit pas si elles étaient jolies.) Eckermann fut introduit dans une pièce fraîche, qui avait un canapé et des chaises rouges, un piano et beaucoup de tableaux. Quelqu'un entra, en redingote bleue et en souliers; il avait un visage brun et plein, majestueux, travaillé de replis profonds, où Ton lisait la loyauté, le calme, la maîtrise de soi-même. Il s'exprimait avec une royale lenteur.
— - Je sors d'avec vous, dit-il, toute la matinée, j'ai lu votre écrit, il n'a besoin d'aucune recommandation; il se recommande de soi-même.
C'était Goethe.
i65
Copyright July 1922, by Lucien Vogel, Parié
Mais tous les visiteurs que recevait Fauteur de Faudt ne se présen- taient pas aussi cérémonieusement. En mars 1807, Bettina Brentano, la sœur du poète Clément Brentano, qui devait épouser le romancier Achim d'Arnim, ayant un culte pour Goethe, résolut de se rendre à Weimar. Mais on était en pleine occupation française, il fallait traverser les armées. Que fait Bettina? Elle commande une redingote, un gilet, des pantalons d'homme. Elle part avec sa sœur et son beau-frère. Elle a un bonnet de peau de renard, un pistolet à la main, un sabre au côté. Elle aide, à chaque relais, les palefreniers à dételer, à atteler les chevaux. Elle a vingt ans et elle est charmante. Elle arrive à Weimar.
— Pauvre enfant I lui dit Gœthe en la voyant, vous ai-je fait peur? Il lui parle de la mort de la duchesse Amélie de Saxe -Weimar. La
conversation languit.
— Je ne puis rester sur ce canapé, dit Bettina impétueusement.
— Eh bien, faites ce qui vous plaira, répond Gœthe.
« Je me jetai à son cou, écrivait Bettina le lendemain, et lui m'attira sur ses genoux et me serra contre son cœur. Tout devint silencieux, tout s'évanouit. Des années s'étaient écoulées dans l'attente de le voir; il y avait longtemps que je n'avais dormi. Je m'endormis sur son cœur, et quand je me réveillai, une nouvelle existence commençait pour moi. »
Nous ne saurons jamais ce qu'était l'amour pour les romantiques allemands. Tant de siècles ont passé depuis cent ans que le secret de leurs sentiments
l66
alambiqués et contradictoires est perdu pour nous ! Quand il habitait Stof, Jean- Paul Richter était amoureux à la fois de cinq jeunes filles : Caroline Schlôder, Amône Herold, Frédérique Otto, Hélène Wernlein et Renée Wlrth. Il leur écrivait à toutes des lettres également passionnées et également sincères. Mais à bien d'autres aussi, il envoyait des missives aussi tendres; voici la fin de Tune d'elles, dédiée à. une jeune fille qui allait se marier :
«O céleste St..., maintenant je puis t'avouer dans ton lit nuptial que j'étais amoureux de toi. Comme je voudrais que tu puisses te marier sans époux î Je te souhaite tout dans ce mariage, — excepté ton époux, je te souhaite tout ce qu'il peut avoir de bon, — excepté sa durée 1 »
Il est vrai que cette céleste St..., Jean-Paul Richter ne l'a jamais vue 1
A Berlin, il est reçu triomphalement par toutes les femmes, depuis la reine de Prusse jusqu'aux actrices. A toutes, il distribue généreusement de ses cheveux. (Ce qui est admirable, car il n'en avait plus beaucoup!) Mais en revanche, il emporte quelques-uns des leurs !
Il n'était point beau, mais fort grand et fort pâle. Il levait le plus souvent les yeux au plafond, comme font les chats quand ils font semblant de ne pas comprendre ce qu'on leur dit. Il avait le cou et le haut de la poitrine nus ; ses cheveux blonds, rares sur le front, mais encore longs par derrière, tombaient librement sur ses épaules.
C'est ainsi qu'il faut se le représenter à Gotha, passant une soirée déli- cieuse avec une de ses amies, la comtesse Schlaberndorf ; il était assis avec elle
167
sur un sopha; et cette jeune femme le tenait d'une main, tandis que de son bras droit, elle serrait sa fille sur son cœur. Cette image-là, c'est peut-être le romantisme allemand, tout entier, dans sa complexité et dans son comique profond.
Il faudrait raconter aussi le suicide de Caroline de Giinderode, jeune fille amoureuse d'un intellectuel prétentieux et sans cœur, Creuzer. A bout de passion et de désespoir, elle se poignarda, par un beau crépuscule, au bord d'un lac. Creuzer la regretta beaucoup, bien entendu; car il est, en général, plus facile de regretter une femme que de l'aimer. Puis devenu veuf de sa première femme, qui gavait, elle aussi, perdu un premier mari, il épousa une seconde veuve ; et il lui dit un jour de romantique confiance : « Quand, après la mort, nous serons réunis, toi et ma première femme, vous irez rejoindre votre premier mari ; mais moi, j'irai rejoindre la Giinderode !»
4e 4*
Il faudrait raconter aussi certain extraordinaire voyage que fit Ludwig Tieck avec Elisa de Recke, la sœur de la duchesse de Courlande. Elle entendait rester pure, mais Tieck l'adorait. Alors elle emmenait avec elle une femme de chambre ravissante et qui lui ressemblait. . . Et Tieck, à chaque relais, revenait à elle, toujours enthousiaste, toujours épris et poétique, mais moins pressant I
Edmond Jaloux.
LES
ROBES PAGNES
J'ai aimé une reine, une reine d'Egypte, dans les temps de l'antiquité, elle en palanquin porté par des esclaves, moi, obscur, confondu dans la foule prosternée des peuples pressés sur les pas des porteurs de sa litière. Nitocris, qu'elle s'appelait. Elle était la plus belle des femmes de son temps, blonde avec le teint rose. Quand elle se faisait porter, la chaleur tombée, le soir et sous la brise des chasse-mouches, sur les chantiers de construction des monuments absurdes élevés par une multitude de misérables à la gloire de son règne, il n'y avait pas de princesse plus exquise. Elle se noya dans le Nil en faisant arriver, pour plus de commodité, par des travaux d'art ce fleuve dans sa chambre. Ces reines d'Egypte, avec Cléopâtre, il n'y en avait pas deux comme elles pour mettre de l'originalité dans le suicide.
Amant d'une si grande princesse, j'étais officier de sa maison, attaché à la personne royale ; le soir, je me couchais en travers de la porte de son appartement; et puis, quand tout était endormi dans le palais, je ne perdais pas une
169
minute et je venais achever la nuit auprès de la reine.
Je rappelle ce souvenir déjà ancien non par vanité, certes, mais ce sont les pagnes qui m'y font penser, car ce vêtement était d'uniforme dans la garde de la reine : une petite étoffe autour des reins et il ne fallait rien de plus, la charmante souveraine aimait les hommes bien faits et choisissait les plus beaux Egyptiens. D'ailleurs, égalitairement, elle élevait à tour de rôle au grade de capitaine de sa garde chacun des hommes qui la composaient. Et c'était précisément le capitaine des gardes qui couchait la nuit en travers de la porte de la reine, c'est-à-dire dans son lit.
La civilisation de l'Egypte avait atteint, de toute antiquité, un grand raffinement. De sages institutions, comme ces gardes du corps, conciliaient les appétits de la monarchie avec le contentement des peuples, attachaient à la couronne par les plus doux liens l'armée soutien naturel du trône.
Rien ne nous rendra des tableaux si magnanimes : la garde de Nitocris sous le soleil de là-bas et de ce temps-là, les colonnes de bronze des jambes alignées et les poitrines de cuivre
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rouge, bombées, passées en revue du haut de son palanquin par la plus capri- cieuse des princesses... Non loin, le Nil emportant parmi le pullulement des crocodiles, animaux sacrés, la barque de l'Kgyptien; un vol d'ibis roses s'abattant sur les rives; vers le désert, patientes fourmis occupées à monter le long d'une pente artificielle des pierres de taille d'une éclatante blancheur, les peuples captifs bâtissant sous le fouet des gardiens la troisième pyramide.
Époques formidables à jamais ense- velies dans la boue du vieux Nil, époques mortes... Kn ce qui touche notre sujet particulier ici : les pagnes, on ne pourra pas compter, de toutes façons, de les voir revenir à la mode d'une manière aussi intégrale qu'à Bubaste et Sais, du temps que j'étais capitaine des gardes, et vêtu avec une si agréable légèreté. On doit songer seulement à donner à des vraies robes d'aujourd'hui le mouvement caractéris- tique du pagne et c'est tout ce que l'on peut faire tant que dure l'état présent des mœurs. D'ailleurs, ça ne sera pas
laid du tout, des robes serrées à la hauteur où l'on s'asseoit. On remarque que c'est une
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mode parfaitement logique amenée par la querelle des tailles basses et des tailles hautes, où par un curieux retour ce sont les tailles basses qui ont le dessus.
La robe-pagne finit le débat en donnant à la même robe deux tailles, une haute et une basse, toutes les deux en même temps, ce qui est une solution bonne, et la meilleure de toutes, faisant plaisir à tout un chacun.
de Vaudreuil.
172
OU COSTUMES ORI- GINAUX ET PRATIQUES POUR FAIRE DU YACHT, DU BATEAU A VOILE, L'ÉTÉ, SUR LA MER.
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TE me souviens d'un voyage délicieux, avant la guerre, natu- rellement (je vous dis qu'il était déli- cieux).-. Il va même y avoir neuf ans, comme le temps passe ! Mais je sais bien pourquoi ce voyage est si charmant dans le souvenir : il fut comme tous les voyages devraient être, quelque chose d'agréable en soi, pour le plaisir du changement, au gré du vent et de l'aventure, sans itinéraire précis. Du moins si, on l'avait prévu cet itinéraire. Nous devions partir de Marseille, toucher Alger et revenir par la Sicile. A la joie promise, le hasard, ce dieu des voyages, en substitua une bien plus belle : qui est de faire tout autre chose que ce qu'on s'était proposé. De sorte qu'ayant imaginé l'Afrique, Agrigente, Palerme, et beaucoup joui par la pensée préalable de ces illustres endroits, nous eûmes le plaisir de voir ce que nous n'attendions pas, la Corse, par exemple, et Majorque. Majorque est une île jaune, torride, avec de très fraîches ruelles, où toute une famille de
i73
danseuses vint égayer, le soir, notre navire. Je me souviens aussi d'un très agréable anu del mono coupé d'eau glacée, à Palma, dans une cour d'auberge où chantait une fontaine invisible. Celui qui nous en régala paya les huit ou dix verres d'un louis d'or : on lui rendit avec beaucoup de remerciements trente-deux pesetas de monnaie. Ces temps-là ne reviendront plus...
JVlais ce qui peut revenir encore, c'est un voyage de la sorte, où l'on part sans savoir pour où, où l'on va poussé par le vent, où l'on aborde à l'aveuglette un pays qu'on n'a pas choisi. C'est l'avantage de la mer. Le plai- sir commence au moment même qu'on la touche. On n'a même pas besoin de choisir sa destination : le capi- taine est là pour ça. Vous, vous n'avez qu'à bien trier vos compagnons de promenade. Si jamais je recommence un tel voyage, je sais bien ceux que je voudrais : des amis qui n'aient pas le cœur trop sensible, mais contents de tout, de jolies dames capables de rêver longuement, le soir, et de se taire sans nommer Pascal, devant l'infini du ciel et des flots, un aimable conteur d'anecdotes, un autre qui sache le nom des étoiles, et la nuit, sur le pont, nous puisse faire de beaux cours d'astronomie, sans toutefois en abuser. Et, bien sûr, on n'oublie-
^mt^çmrtm
rait pas le spécialiste de la T. S. F.
C'est si amusant quand on est perdu
sur les eaux de ne plus rien savoir du
monde, et, sans souci des contingences,
de recueillir seulement dans la solitude,
sans nulle voile et nul panache de fumée
à l'horizon, les nouvelles que lancent
à l'espace, du bout de leurs fines
antennes, les mille navires invisibles
poursuivant leur route marine...
Le grand plaisir de la vie à bord
est d'une extrême liberté. Il y faut un bar, avec la brillante nickel- lerie nécessaire à la confec- tion des cocktails, un barman savant et des bouteilles de Champagne en quantité suffi- sante pour pouvoir amuser les dames : on en jette une
(bouteille) par-dessus bord, de temps à autre : à une certaine profondeur, elle éclate avec un bruit sourd, à cause de la pression. — Il y a naturellement un jazz, pour faire danser, sur le pont, si la mer est calme. — Le principe sage est de laisser chacun faire ce qu'il veut, fût-ce de rester seul, accoudé longtemps sur le bastingage, à suivre les évolutions des mouettes ou les ébats comiques des dauphins amis des navires, qui suivent le vôtre dans son sillage.
Recommandation pour les dames: être vêtues de telle sorte qu'elles n'aient pas peur d'être
*\
mouillées. Car on tombe à l'eau quelquefois : voyez Virginie. La pudeur fut cause de sa mort ; elle n'avait point voulu quitter ses habits et préféra d'être engloutie plutôt que sau- vée toute nue. Elle ne savait pas nager. Avis aux têtes folles qui aiment les petits bateaux.
Autres avis très importants : habillez-vous comme vous voudrez, en mousse, en midship, en gondolier, en barcarol, en scaphandrier, mais laissez le pilote tranquille. C'est un homme sérieux qu'il est bon de ne pas jeter inconsidérément dans le trouble, faute de quoi, un faux coup de barre, et vous voilà chez les crevettes. Et puis, si l'eau commence à remuer, que vous vous sentiez un peu vague, n'insistez pas, allez vous coucher. Il ne suffit que d'une minute pour être pleinement ridicule.
Emile Henriot.
176
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SAINT-SIMON
ARMORIAL
DES ECRIVAINS FRANÇAIS
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LES GRANDS SEIGNEURS ET LES ENVIRONS
ES beaux noms français sont parfois devenus de grands noms littéraires, quand ils se sont inscrits sur les couvertures des livres. .Plus souvent, des personnages illustres par leurs actions ou par leur sang se sont montrés petits dans 1 art de 1 écriture.
Laissons La Rochefoucauld frappé par le triple isolement de la misan- thropie, du génie et de la gloire : nous trouvons des grands seigneurs infiniment variés dans la qualité au talent. .Mais tous diffèrent du commun des littérateurs en ce qu'ils ne laissent pas "d'école". La dilatation de leur "moi n encourage pas la formation du cortège imbécile, qui est celui des disciples.
Les écrivains couronnés échappent ainsi au triomphe lacile de 1 imitation. Ils ont quelque chose de particulier dans leurs motils d écrire et gardent la hauteur d isolement dans le style, comme dans la destinée.
Un nom parmi les grands fait équation de génie avec les plus célèbres d entre les gens de métier : iSaint-Simon I Le terrible duc, le duc des JMémoires qui tenait plus à son duclié de i(>35 et à 1 antiquité, d'ailleurs douteuse, de sa
177
LIGNE
MIRABEAb
maison qu a toutes les œuvres écrites, portait aux 1 et 4 de sable, à la croix d argent, ckargée de cinq coquilles de gueules; aux a et 3 éckiquetés d or et d azur; au ckef d azur ckargé de trois Heurs de lis a or .11 avait en cimier cette forme de génie, cette originalité Lissante, par quoi un nomme fixe sur son écu et sur sa tête le rayon de 1 immortalité. La Cour de France a été le ckamp merveilleux où Saint-Simon a enfoncé 1 acier de sa naine. Arrackant la monarckie par la racine, desséchant le Roi par la tête, couckant dans la terre la brékaigne jMaintenon, 1 écrivain a la force du talent, de 1 invention et de 1 imagination jusqu à la calomnie. Ces pages de reportage séculaire vivent par la couleur étendue sur le ckamp dévasté, par cet art de peindre, qui est tout. .Les tons brusques et violents éclatent sur le ciel lavé, déteint et pluvieux des classiques.
Peintre de son temps, Saint-Simon reste de tous les temps et précurseur des "modernes et des luturs.
L autre grand seigneur qui, longtemps après Saint-Simon, a été le plus loin dans 1 art de 1 esprit Irançais... n est pas né Français. -Mais il a pris la grande naturalisation à toutes nos sources de clarté irisée : le prince de Ligne est le plus spirituel, parmi ceux qui ont créé un style vivant et mouvant avec âcs Libertés dans la grammaire et des audaces dans le mot. Il se montre jusqu'au fond 1 être atteint de * noblesse , maladie dont 1 kumanité s'est guérie par les révo- lutions, pour prendre en ce bain rouge d autres maux moins jolis. Ligne, cnargé de duckés, de principautés, de comtés portait les armes les plus simples, donc les plus belles : a or à la bande de gueules.
Cet esprit allumé sur les ruines fait contraste avec un autre flambeau incertain du même temps. Riquet ou Riquetti de JVLirabeau, gentilkomme de Provence, marquis de ±685 lut grand seigneur dans la laideur, dans les passions et dans le culte voué à une reine. Ses armes étaient "d azur à la bande d or, accompagnée en ckef d'une demi-fleur
VAVVENARGVES
178
BR0GL1E
LEVIS
AUDIFFRET-PASQUIER
de lis du même et en pointe de trois roses d argent rangées en demi-orle.
Cette longue était alliée par le sang à un de ses prédécesseurs dans les lettres : V auvenargues. A. côté de l'orgueilleuse et vilaine huppe de 1 orateur, la ligure de V auvenargues laide à effrayer les enfants paraît douce et charmante, avec la latuité de ses tristesses et de ses dégoûts. Ce marquis de 173 2 dont la maison est éteinte, portait des armes si belles qu elles ont 1 air d être léodales : ' lascé d azur et d argent.
+ *
Les JBroglie, ducs et princes, montés au plus haut, de la plus basse origine, ont donné des gens de lettres à toutes les générations. Ces œuvres d histoire sont égales par leur dégagement d ennui. Ce ne sont pas leurs écrits mais leurs vies qui donnent aux curieux des tentations de volupté. Tous les Broglie sont dignes de cet éloge qu une femme d esprit décernait à un académicien de ce nom : "Le duc de Broglie entre à 1 Académie entre deux virgules.
Leurs armes, "d'or au sautoir ancré d azur peuvent se placer à côté de celles des Levis-jMirepoix, plus nobles mais plus lassant encore dans 1 ombre de leur écu, "d'or à trois chevrons de sable . Ils ont fait des livres sur leur imaginaire alliance avec la Vierge Marie. Ils ont une réelle parenté avec cette gracieuse jMLUe de Levis qui a écrit un roman, sous ce titre : La lampe hle. Cependant un Levis a laissé de profondes 'Pensées * jMais il est au ban de la lamille.
Pour trouver une littérature plus ducalement efiacée que celle des Levis, il faut aller dans la cave au duc d' Audiffret-Pasquier. Il fut de 1 Académie. M.ais aucun de ses collègues ne connut les titres de ses m ouvrages. Le titre de duc est plus connu. Il ne se perd que dans la nuit du temps de Louis-Philippe. L entor- tillement des armoiries est de trop longue lecture. Il suffit â'en voir 1 image.
PIMODAN
179
MONTESQUIOU
Duc encore, M., de Pimodan, duc du pape par 1 kéroïque fin du général! Les vers du Êls ne valent pas la mort du père. Quant au titre romain porté par ces excellents Français, il a été reconnu... en Bavière, entre 1870 et 1914. Un enfant a racketé les mauvais vers et les méchants parckemins en tombant avec gloire pour la France dans la grande guerre.
Les armes sont " d argent à cinq couronnes de feuillage de gueules s entre- touckant, accompagnées de quatre mouckes d kermine de sable.
Des Pimodan, remontons à jMontesquiou. Robert de JMontesquiou a donné un éclat viager à une brancke de cette illustre maison qui porte 'dor à deux tourteaux de gueules, 1 un sur 1 autre.
Assis à I écart du monde qui était le sien, Robert de JMontesquiou eut la
méckanceté ouatée d une douairière. iSon insolence était tempérée par la peur
des coups. Il ignorait la sincérité dans la sensibilité. JVtais parfois il montait à
la grâce par la reckercke de 1 impertinence. Il est mort en 1931, déjà oublié
n étant plus détesté, semblable ainsi à ces V ogue, dont nul ne sut quel était
1 écrivain, quel était 1 ambassadeur. Car les deux lurent obscurs dans les académies,
sous leur paradoxal écu : d azur au coq ckantant d or, crété, barbé (ou
barbant) de gueules.
+ 4*
Après Vogue il n y a plus rien. JMais avant les académiciens des siècles dix-neuvième et vingtième il y eut le marquis de Sade. Ce très grand seigneur a laissé un& réputation mauvaise dans le monde, et 1 adjectil * sadique dans la langue française . L>es livres ont tous les vices, y compris celui d être illisibles et mal écrits, dans un siècle où tout le monde écrivait agréablement. La gloire des Oade est moins dans leur littérateur que dans le souvenir de leur aïeule Laure, muse de Pétrarque. La pureté étoilée de 1 une, 1 imagi- nation boueuse de 1 autre portaient également, "de gueules à 1 étoile d or, ckargée d uno. aigle de sable.
I el est le bouquet des Heurs mortes, au jardin de
r
ancienne société.
VOGUE
Jean de BONNEFON.
18c
SADE
il mmàmm lui
PYJAMAS
D'ENFAN
T A nuit est le domaine des petits enfants; pour eux, la veille encore, elle était la seule patrie. Dans leurs premiers sommeils, peut-être revoient-ils les univers lointains d'où ils nous sont venus, étrangers confiants ayant élu le seuil de nos demeures pour y connaître le prélude de leurs existences terrestres.
Aujourd'hui j'ai joué à la maman avec le tout petit être qui m'a été confié, pour quelques heures, par des amis. Sans
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doute ai~je été fort maladroite en ce rôle nouveau, tant la fragilité de ce petit paquet blanc et rose m'émeut.
Pendant la cérémonie du bain, je l'ai manié avec mille précautions, comme un objet délicat et précieux que l'on craindrait de briser; il me semblait aussi que mes doigts auraient pu s'empreindre dans ses chairs tendres et les déformer comme une cire molle.
Serait-ce la conscience de leur fragilité qui rend les nouveau-nés si confiants ? Sentent-ils que nul n'aurait la cruauté de faire souffrir des créatures désarmées ?
aussi
*
"Mon fils dort et je l'admire; il dort avec ardeur, il dort
avec application ; depuis les bouclettes de ses cheveux, si fins qu'ils font songer à un du- vet d'oiseau, jusqu'aux ongles nacrés de ses orteils minuscules, tout en lui s'abandonne au sommeil.
Au matin, quand il s'éveillera, il me regardera avec des yeux étonnés et pro- fonds semblant hésiter entre
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les souvenirs du rêve d'autrefois et les réalités encore peu familières de la vie. "
Avez-vous remarqué combien les tout petits enfants
déploient d'énergie dans tous leurs actes? Leurs repas, c'est avec avidité qu'ils les prennent; le lait, pour eux, c'est de la vie qu'ils avalent; ils la réclament et l'assi- milent par tous leurs pores. Ils sont sans répit à l'affût des nouvelles choses qu'il faut apprendre et connaître; ils écoutent autant avec leurs yeux qu'avec leurs oreilles ; ils aiment à voir autant avec les doigts qu'avec les yeux. Et, comme rien ne leur paraît inaccessible, depuis qu'il y a des petits enfants ils ont convoité la lune qui est un bel objet rond et luisant et se balance à l'horizon de façon très tentante.
Tout est merveilleux aux yeux de l'enfance. Un jardin, quel univers! les insectes aux pattes alertes, aux ailes bril- lantes ; la terre qui craque sous les pas ; les pâ- querettes qu'il est permis de cueillir ; d'autres fleurs,
belles et parfumées, qu'il faut contempler avec respect; les moineaux qui piaillent en voltigeant et parfois sont si proches qu'il serait aisé de les toucher... si soudain ils ne s'effarou- chaient; le papillon mort qui ne remue plus — pourquoi?
Et la première merveille c'est, au début, se mouvoir à travers ce vaste monde sur des jambes très potelées et malhabiles encore. Quelle ivresse laborieuse, quelle bonne volonté touchante ! Voyez les tout petits enfants tentant leurs premiers pas : ils ne rient pas, oh non ! Ils attachent sur vos yeux des yeux sérieux, réfléchis, à cause de la difficulté très réelle de cet acte grandiose : marcher... vivre...
Georgette Berckmans.
CLAIRS DE LUNE
ET
DÉJEUNERS DE SOLEIL
ISABELLE, vos sœurs s'étaient complaisamment éloignées et leurs rires moqueurs, l'un après l'autre, s'évanouirent dans la forêt. Les cigales, grisées de soleil, vous criaient que nous étions seuls, mais vos yeux fixés sur la mer demeuraient comme elle immobiles. Je pris votre main qui jouait avec le sable de la dune, etla poussière brûlante, entre nos doigts mêlés,
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coula comme un frisson. Votre épaule était si nue près de mes lèvres qu'un baiser étourdi s'y posa. Pudeur néfaste, ô temps perdu ! Vous vous dérobez à ma joie... Un impondérable chiffon, sorti je ne sais d'où, s'ouvre d'un vol effarouché, se déploie en mille fleurettes et voile à mes yeux désolés ces épaules, ces bras, cette gorge surprise : — « Isabelle, cœur glacé, combien ce joli man- teau me déplait !
— « Monsieur qui n'y connaissez rien, ceci n'est pas un man- teau. Dites, s'il vous plaît, une cape et pas même, un voile, une aile, un rien qui nous protège. Madame Lan vin a prévu les soleils trop ardents, les tissus trop fragiles, les amoureux trop indis- crets.. . Ne voyez-vous pas que les mêmes dessins fleurissent à mon corsage et que cette cape est une petite sœur de ma robe?
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J'allais m'insurger contre cette petite sœur, mais le bois se rem- plissait à nouveau d'éclats de rire, et la ronde moqueuse se resserrait autour de nous.
Ce soir-là vous parûtes à table si imprudemment décolletée que, tout le long du dîner, je jurai ma revanche. Vint l'heure d'une pro- menade au clair de lune. Hélas ! Dieu punisse les couturières, une nouvelle cape issue de votre nouvelle robe jetait encore la nuit sur votre chair. Vous me le fîtes malicieusement remarquer. Je vous entraînai sans mot dire vers notre sen- tier favori et, tandis que nous errions à travers les colonnes d'argent de la forêt, je m'appliquai sour- noisement à dégrafer de vos épaules cette étoffe insuppor- table. Elle glissait déjà le long de votre nuque, quand son
imperceptible frôlement me trahit. Un bond vous éloigne de moi, un éclat de rire vous emporte et, de mes bras trop tôt triomphants
Cette proie, à jamais ingrate, se délivre Sans pitié du sanglot dont fêtais encore ivre!
Isabelle, vous vous êtes enfuie, abandonnant par dérision entre mes mains la petite cape embaumée qui causa tout notre malheur. Comme le faune mallarméen, j'emportai tristement vers ma retraite le voile de la nymphe perdue. Je m'enfonçai dans l'ombre avec lui, je le pressai contre mes lèvres, j'y respirai, toute une nuit, votre parfum...
Jean Labusquière.
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LE TON
DE
PARIS
/^'est le titre et qui n'a rien à voir avec le ^-^ ' Bon Ton", d'une comédie de Lauzun où cet amateur élégantissime esquisse en traits nets, secs, et pourtant aimables, une suite de tableaux parisiens, mêlés de grâce retenue et de corruption délicate; on dirait une suite d'eaux-fortes tirées sur satin. Il régnait à cette époque, chez nous, un esprit dont je vou- drais, sinon tenter la définition, du moins noter quelques traits curieux; un esprit dont la qualité semble résider dans la mixture d'élé- ments très divers et comme opposés. C'est le moment où va sombrer dans le sang une société charmante, usée à force de politesse, lente- ment corrompue et devenue plus exquise à mesure qu'elle se fanait ; et où va renaître de ses débris un monde nouveau, tendre, ingénu, lascif, enchaîné au précédent par le même appétit de plaisir.
Dieu me garde de généra- liser, je ne veux parler ici que d'un tout petit cénacle, je ne veux étudier qu'un certain tour d esprit, — - le fruit que je choisis a été piqué par une abeille ; mais qui donc a dit, que de ces fruits, la saveur l'emportait sur tous autres?
Epoque charmante où les boiseries sont ciselées et dorées comme des bagues, où les bras doucement infléchis des sophas semblent s'ouvrir pour des chutes moelleuses, où parmi les festons, les guirlandes et les nœuds, se répètent les torches, Tare, le carquois, les colombes insatiables, la lampe gardienne des veilles, les cœurs consumés, tous les emblèmes de l'amour insinuant et perfide.
Les tailles sont devenues frêles à se rompre sous les doigts qui les pressent, les robes ont pris une ampleur propre à dissimuler une demi- douzaine de sigisbées, et les chevelures savamment entrelacées, poudrées, adonisées, chargées de palmiers en plumes, de rivières en diamants, ont dans leur croissance merveilleuse l'aspect de charmilles, de bosquets, d'arbres de mai. Les hommes ne sont pas moins épris de leurs catacouas, de leurs ailes de pigeon; leurs précieuses mains nagent dans les dentelles, se nichent dans des manchons ; ils portent des habits à fleurs et les talons de leurs souliers sont rouges pour souligner leurs pirouettes.
Dans cette corruption que de goût, que d'apprêts ; ce sont des badinages mesurés, légers, d'esprits un peu exténués, mais tellement fins et tellement au-dessus des babioles dont ils s'amusent un moment.
Aimables estampes, cages entr'ouvertes, oiseaux trop familiers, roses effeuillées avant d'être prises, loteries équivoques où Ton gagne tout ce que Ton désire. Que de lits défaits, que de rideaux chiffonnés. Amantes favorisées, amies rougissantes, serins mignons, gimblettes, figures découvertes ou non... Fragonardises I Tout cela est un jeu de personnes très polies et qui essaient de se divertir sans trop y croire.
Le ton de Paris, c'est Chamfort, celui des Afaximes, le beau jeune homme mangé par le ver et qui jetait sur des bouts de papier ces sentences corrosives :
" Il y a telle femme qui s'est rendue malheureuse pour la vie, qui s'est perdue et déshonorée pour un amant qu'elle a cessé d'aimer parce qu'il a mal ôté sa poudre, mal coupé un de ses ongles ou mis son bas à l'envers ".
Et encore : " Soyez aussi aimable, aussi honnête qu'il est possible, avec la femme la plus parfaite qui se puisse imaginer, vous n'en serez pas moins dans le cas de lui pardonner votre prédécesseur ou votre successeur ".
C'est aussi Crébillon fils, non celui du Sopha d'un libertinage si longuement édulcoré, mais celui des Egarement du cœur et de L'esprit. Nous y voyons des dames du meilleur ton, galantes mais avec tant de nuances, gourmandes, mais avec précaution, se disputer la possession du jeune Meilcour.
Notons aussi ces Tableaux deô mœurs du temps où le dévergondage est si compassé. Ouvrage qui me fait penser aux gâteaux dont les flancs brûlants dissimulent une glace, laquelle à ce contact et à ce voisinage voit son parfum décuplé.
" Vous m'avez inspiré cette fureur, déclare un des personnages, je vous ai forcée, mais je n'ai pu faire autrement et je vous en demande pardon... ' Le reste est d'une galanterie qui passe la mesure bienséante.
Ce sont tous les conteurs de la fin du dix-huitième, tous les abbés galants, tous les faiseurs de contes, qui allaient de ruelle en ruelle effeuillant leur cœur avec les épîtres et les bouts rimes ; tous les favoris, les pensionnés, tous ceux qui avaient d'aimables talents, des figures avantageuses et la jambe bien faite.
Plus tard, c'est encore Vivant-Denon, égoïste, désabusé et toujours curieux. On connaît le début de Point de Lendemain : J'aimais éperdument la comtesse de***; j'avais vingt ans et j'étais ingénu; elle me trompa; je me fâchai; elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai; j'avais vingt ans, elle me pardonna; et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu,
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toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes ".
Quelle friandise 1 C'est une cantharide enfermée dans une dragée ! J'ai gardé pour la fin les Liaiéotid dangereudeé *—< ce grand livre où la méchanceté resplendit de tant de feux. Qui n'aimerait Valmont et ce beau serpent, cette cravache à pommeau de porcelaine chinoise : la Merteuil? ces deux âmes dont les détours s'embellissent d'une hypocrisie de gala. Combien je les préfère à cette présidente dont la froide rhétorique fait espérer et attendre la chute, et à cette petite fille qui perdit l'appétit du plaisir pour avoir un peu badiné avec le diable.
Cet art-là est inimitable, désinvolte, si froid, tellement déguisé et de si bonne compagnie. Il faut remonter jusqu'aux PadtoraUé de Longus, pour trouver des inventions si propres à réveiller l'usure des sens et les fatigues de l'esprit.
Ce ton vif, ces couleurs si rouges sur les figures pâles des belles, ces mille feux du jour qui s'éteint, on dirait le duvet artificiel que mettrait à des fruits de marbre ou de cire un peu de poudre " à la Maréchale ".
George Barbier.
OU VA
LA MODE
VERS QUELLE LIGNE
QUELLE ÉPOQUE
QUEL PAYS?
ESSAI DE DÉLIMITATION DES STYLES (LA LIGNE GRECQUE, L'ITALIENNE DE LA RENAISSANCE, ET CELLE, MODERNE, DE 1890), OU L'ON REMARQUE QUE PARAIT TENDRE, DANS SES GRANDES LIGNES, LA MODE ACTUELLE
CONTENANT HUIT
CROQUIS DE ROBES
MODERNES INSPIRÉES D'ÉPO QUES TRÈS DIFFÉRENTES
LA MODE ET LE BON TON
■^©^
On se lamente, on désespère de revoir les grandes élégances d'il y a seulement vingt ans, et pourtant je ne crois pas qu'à aucune autre époque les femmes dépensèrent autant qu elles le font dans une seule saison a présent. A quel moment les bas valurent-ils, très simples, sans broderie, plus de cent francs ? Quand donna-t-on mille francs pour un chapeau à peine garni ? Et à quelle époque, une paire de gants courts valut-elle quarante- cinq francs ? Je ne vous parle pas ici du prix d'une robe, ce qui alors dépasserait à tel point ce que nous connûmes de tous temps, qu'il est préférable de ne pas insister. Et vous m'allez dire après cela que l'élégance se meurt ?
Disons que le " modèle " a tué l'élégance, cela serait plus juste, mais reconnaissons au moins que l'amour du luxe est plus vivace que jamais, que la recherche dans le détail est absolument exquise et que le joaillier et le fabricant de sacs, de cannes et de tous les bibelots qui composent notre toilette n'ont jamais eu autant à faire et à créer. Et donnons en même temps un bon point à la femme française qui peut se maintenir au milieu de ce désarroi économique et qui conserve malgré tout la suprématie de son goût et de son élégance.
Dans son jardin dessiné à la française, autour des parterres aux fleurs bleues, la comtesse E. de Beaumont, recevait par un temps merveilleux ces jours-ci. On dansait dans le grand salon, tandis que le goûter servi sous une tente, créait une allée et
venue chatoyante et charmante. De plus en plus la taille se signale très basse, des franges traînent à terre d'une manche attenante au corsage; mais ce qui est caractéristique, c'est la longueur souple des jupes qui ont l'air de pendre sur leur contour, juste au ras du cou- de-pied.
Mme des Montiers fit sensation dans une robe unie, étroite, noire, dont le col droit et très large comme une fraise et les parements étaient faits de tulle coulissé, plus resserrés au poignet que vers la saignée. Le petit chapeau Henri II accompagnant cet ensemble était vraiment chic.
M e Sorel, très simple, dans une robe de crêpe à fleurs, noir et blanc, avait beaucoup d'allure sous son chapeau de paille d'Italie couronné de roses blanches.
La maîtresse delà maison en soie "grège" entièrement brodée de perles assorties dis- posées en longueur, portait un chapeau sans garniture, peint à la main, de couleurs vives, très original, mais ce qui était surtout caractéristique, c'était un collier de diamants et saphirs suspendu au milieu du corsage en hauteur, tombant libre jusqu'à la taille. Nous avions vu déjà la duchesse de Gramont porter un bracelet de cette manière.
Le goût de la maîtresse de la maison se distingue dans tous les détails de ses réceptions qui nous donnent chaque fois une série d'idées nouvelles : comme, par exemple, la manière de disposer les fleurs coupées, sur les ter- rasses et sur les balustrades. De grandes vasques marocaines immenses, avec de l'eau figurant comme un petit bassin, ont sur l'un des cotés, baignant à peine, un ou deux
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gros bouquets de roses liées comme si par hasard, on avait laissé là les fleurs pour les reprendre tout à l'heure. D'autres fois, sur le rebord d'un meuble, de beaux lis sont couchés, alanguis et pleins de poésie : ' Pre- nez-moi " ont-ils l'air de dire à celles qui passent et qui les admirent ; c'est du reste ainsi que finissent ces fleurs superbes, vers la fin de la réception, quand la musique tue, on s'éternise à causer dans le crépuscule de quelque magnifique journée d été.
Les lumières de couleurs dansent au balancement de la branche, le jardin est dans la complète obscurité et les femmes aux robes scintillantes se dessinent en éclats de lucioles dans l'atmosphère de fraîcheur et de grandeur du parc monumental. La comtesse d'Ormesson reçoit ce soir dans cette demeure exquise, ancienne, d'un parfum désuet et pénétrant ; les salons éclairés aux bougies, les chambres-bibliothèques par où l'on accède du parc, par un petit pont de pierre, tout cela très différent de ce que nous voyons chaque jour et si beau de lignes.
Les voitures gagnaient le perron par l'entrée des petits pavillons Louis XIII, et longtemps avant que les voitures n'arrivent à la maison on apercevait leurs lumières gran- dissantes progressivement par les chemins a travers bois; l'effet était exquis. Dans les salles de danses, le rose, le mauve et le blanc avaient tué le noir, que seules quelques rares femmes, ne se décident jamais à quitter. Mme d'Ormesson en rose vif; sa sœur, la comtesse de Kergorlay en blanc, sans bijoux. La duchesse de Gramont en robe de satin " ivoire " ornée des petits miroirs chers à l'époque des Médicis.
Mme Verdet de Lisle, très originalement habillée en Infante : satin vert pâle avec effet de vertugadin et coiffure très tirée en arrière. La duchesse de Trévise en mauve, fine et souple, coiffée d'un superbe diadème de saphirs. La comtesse de Vogue en blanc
et coiffure de Bacchante dans ses cheveux noirs. La comtesse de La Rochefoucaud en rose brodé de cristal, des diamants dans les cheveux, ainsi que Mlle de Yturbe en lamé vert et rose, la ceinture faite d'une natte de ruban rose et vert.
Pour le feu d'artifice on s'enveloppa de ses manteaux tous de lamé ou de velours clairs, doublés de fourrure ; aucun n'était noir.
4* 4*
Le Derby fut splendide, les pelouses envahies de bonne heure ; mais seule la tribune des Sociétaires montrait quelques élégances : la jeune duchesse de Crussol en crêpe "ocre" sur fond noir, coiffée d'un immense chapeau de paille brillante, avec papillon de Chantilly, avait une silhouette charmante comme sa belle-sœur, la comtesse de La Rochefoucaud, en crêpe à fleurs noir et "ocre", également coiffée de noir mais avec voile de Chantilly tombant derrière. Mme Georges Menier, avec la robe de Vionnet, en crêpe blanc à fleurs des champs, idéale de beauté sous sa paille blanche, à peine ceinturée de ruban coulissé. Une ombrelle d'un rose vif tranchait sur cet ensemble pâle. Pâle aussi celui de Mme Hanraux en mousseline à pois et brodé, éclairé par une garniture de jade, en ceinture, boucles d'oreilles, et colliers retombant par trois rangs à la fois. Du reste, la mode de ces parures de pierre de couleurs, se retrouve sur quantité de robes blanches cette saison, et c'est ma foi très gai.
Vous dirai- je que de moins en moins le juponnage se fait sentir? Vous le savez
mieux que moi mais ce que vous ne
savez pas, peut-être, c'est le nombre de femmes qui, au Derby, nous montrèrent dans la transparence des mousselines, de jolies jambes, absolument parfaites ?
Si je vous rencontre un jour, en tête à tète, je vous promets de vous le dire 1. . .
J. R.-F.
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Explication des Planclies Hors - 1 exte
CONTENUES DANS LE NUMÉRO 6
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lanche 41. — L'Été, composition de Charles Martin.
4*
Planche 42. — Cette robe pour Les bains de mer est faite dans le lainage de Rodier " chevrons laine " .
4*
Planche 43. — La robe d'été est de Dœuillet ; le veston, de Larsen.
4*
Planche 44. — Une robe d'après-midi, de Béer. La jaquette pour les courses, de Kriegck,
4-
Planche 4S. — Robe d'après-midi et robe de fillette, de Jeanne Lanvin. La robe est en vermeil violine; ceinture de petites roses en même tissu; grand col de tulle du même ton, garni de ruche vermeil. La robe d'enfant est en crêpe de Chine blanc, broderie fine en moire, gros nœud vert sur le côté.
Planche 46. — Tailleur de Martial et Armand. Le pardessus est de Lus et Befve.
4*
Planche 47 • — De Paul Poiret, un manteau pour le soir.
Planche 48. — De Worth, une robe dusoir en mousseline cirée noire, brodée de perles corail et or, avec grand motif de oierres précieuses.
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L'ÉTÉ
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Vro <J de la Gazelle du Bon Ton.
Année 1Q22. — Planche 41
SUZANNE ET LE PACIFIQUE
ROBE DE BAINS DE MER, EN "CHEVRONS LAINE" DE RODIER
#° 6 de U Gazette Du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 42
-
LA CALINE
ROBE DE DŒUILLET VESTON DE LARSEN
^° 6 de La Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 45
n
0
LONGCHAMP
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE BEER
JAQUETTE POUR LES COURSES, DE KRIEGCK
i^0 6 de la Gazelle dit Bon Ton. Année 1922. — Planche 44
LE NID DE PINSONS
ROBE D'APRÈS-MIDI ET ROBE DE FILLETTE, DE JEANNE LANVIN
M0 6 delà Gazette du. Bon Ton.
Année 192a. — Planche ^5
u*.
JJU^u>J)çUi-,
L'ENTREVUE MATINALE
TAILLEUR, DE MARTIAL ET. ARMAND PARDESSUS, DE LUS ET BEFVE
Ïϰ 6 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 46
LA GLACE
OU
UN COUP D'CEIL EN PASSANT
MANTEAU DU SOIR, DE PAUL POIRET
A0 6 de la Gazelle du Bon Ton.
Année 1922. — Flanche 47
ESPÉREZ
ROBE DU SOIR, DE WORTH
A ° 6 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 48
M-/
GRECQUE
JV° 6 de la Gazelle du Bon Ton Année 1922. — Croquié N° XLI
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GRECQUE
JV° 6 de la Gazelle du Bon Ton Année 1022. — Croqu'u N° XL II
RENAISSANCE 1 ITALIENNE
JV° 6 de La Gazette du Bon Ton Année 1922. — Croauû N° XLIII
RENAISSANCE
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N° 6 de la Gazelle du Bon Ton
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JV° 6 de la Gazelle du Bon Ton
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ÉPOQUE 1890
N° 6 de la Gazelle du Bon Ton Année 1Q22 — CroquU N° XL VI
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N° 6 de La Gazette du Bon Ton
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N° 6 de La Gazette du Bon Ton
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CITROËN
ET LES SPORTS
LE POLO
XXV11
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W°5
AD SOMMAIRE
JEAN GIRAUDOUX - PAUL MORAND GEORGES GABORY - LABOUREUR MICHEL DUFET - BAKST - MARIE LAURENCIN - PAUL THEVENAZ PUGET - DE LANUX - GHANA ORLOFF GUSTAVE KAHN - E. HENRIOT - JEAN- LOUIS VAUDOYER - MADAME ODIC KINTZEL ET LES ARCHITECTES ET LES DÉCORATEURS DU TH. DAUNOU
PRIX DU NUMÉRO. 20^ ABONNI AUX SIX N^ 90^
PUBLICATIONS LUCIEN VOGEL
11, RUE SAINT-FLORENTIN, PARIS
XXVU 1
TL y a sept cent cinquante louis au banco. On peut taire !
Le croupier Lrun, sa palme de bois mince et Irangée au repos, appelle les clientes. La joueuse attend, d un air morne et vague, ses perles rytkmant d une oscillation les courtes goulées de fumée qu'elle aspire et rejette en un mince filet. Elle a la main sur le saoot prête à donner le départ au destin, sous la forme dune carte rose qui s olire à la vie.
. — > On peut faire, répète le croupier de sa voix salariée.
CH <=> 5TZ+-.
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Copyright September 1922, by Lucien P^ogeL, Pané
Alors une grande créature avec des hanches qui roulent comme ses épaules, une grande créature s approche et dit :
. — - Banco !
Avec la table/ Non! oeule... Elle veut être seule. Elle affronte cette Elle brune qu elle connaît de vue et de réputation, dont les amours 1 agacent, dont elle jalouse les vices. JLa main tine et lasse où une grosse perle semble endormie (il est si tard !) tire le bristol rose et le lait glisser sur la nappe verte ; puis une carte bleue ; puis une bleue encore et une rose enfin, tendre et lisse. La grande créature, à peine penchée, relève ses deux, cartes de la même main, les dresse jusqu'à la hauteur de ses yeux et demande :
. — ■ Carte i
JLa joueuse assise retourne les siennes, les abat sans dire mot, regarde ailleurs.
— Huit, annonce le croupier.
L/a grande créature lance une liasse de dix mille francs étranglés dans un élastique, puis cinq autres billets plies en quatre. Elle s'éloigne, impassible, d une démarche virgiJienne, mais elle sent que les dieux sont contre elle et un petit malaise court sous sa robe molle et lui irrite la peau. L autre est toujours collée à la table, continue de fumer, rassemble devant elle son attirail de platine et d'or submergé sous les plaques de cinq louis. Près du porte-cigarettes et de la boîte à poudre, repose sur ses quatre jambes massives, un éléphant d'or et de diamants, un éléphant minuscule offert par un maharadjah, oublieux parmi nous de ses royaumes et de ses disciplines.
Une lumière dure traverse la fumée et vient s'aplatir contre la table.
— - Vingt mille francs au banco.
Banco !
Celle-là est attablée, elle aussi. Elle est fardée et grasse. Ses ckairs croulent sur Je tapis où ses bras flasques et ses mains courtes font deux coulées de graisse. Oon cou tavelé de petites taches violettes immobilise cent mille dollars de perles. Un chapeau imprévu avec des plumes follettes couvre sa transformation trop jaune. On la sent livrée au jeu sans détachement. L argent autorise tous ses désirs. -Mais I argent ne plie pas le hasard à son caprice, ne 1 asservit pas à ses appétits, m à sa chair vieillie. Elle joue. Elle perd. Elle a moins de dignité et de patience que la grande créature, en route vers une autre infortune. Elle rejette les trois cartes qui marquent sa défaite et regarde la victorieuse de ses yeux charbonneux et malsains.
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^ M%
C H a ST £- U
. — - Suivi I
Elle réclame un nouveau banco Je vingt mille lrancs. Que lui importe 1 Elle a pris la suite de son mari mort 1 an passé, et qui taillait d une main tremblante de whisky . Qu est-ce que vingt mille lrancs pour ses millions ? Elle les perd encore, mécontente non de la perte mais de perdre et que ces cartes roses et Lieues soient moins dociles à sa volonté que le jeune nomme blond qui, derrière le laquais cubique, la regarde tailler.
Alors elle commande au laquais un sherry, le quatrième de la nuit, et dwich. L homme galonné aux épaules carrées disparaît, laissant derrière lui
traîne d obséquiosité. 11 revient bientôt, tendant le rubis liquide et le jamb pâle entre les deux leuilles de mie de pam. Elle les engloutit en hâte, pressée d revenir au jeu. jVi.ais la gagnante se lève, lisse de sa longue main sa chevelure brune et plate, se remet un peu de poudre, range 1 éléphant dans sa grande écurie de soie jaune, et part avec un onduleux adolescent vers le dancing bruyant et mélancolique .
GÉRARD BAUËR
san une
un lui
on
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RUISSEOLA CLOKY ou vestes
ET MANTEAUX ASSORTIS, COMBINÉS DANS DES TISSUS NOUVEAUX DE RODIER
~"\ÉJA la Terre — Nature, qu'as-tu fait de ton été cette année ; pour quand est-il? — déjà la Terre ayant accompli de la trajectoire en forme d'ellipse qu'elle décrit la partie du trajet qui correspond à l'été, tant pis s'il a plu tout le temps, tant pis s'il a fait plus froid qu'en février, nous n'avons rien à réclamer et nous devons tenir l'été pour reçu.
A présent, le moment étant venu où elle doit se placer dans sa course d'une certaine manière qui, selon la loi du cosinus de l'inclinaison (qu'ils disent, les savants) a pour effet de lui faire recevoir plus faiblement les rayons du soleil,
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comptez qu'elle se placera précisément avec la plus grande docilité dans cette position, au lieu de se relever un peu pour les recevoir en plein, ce que tout le monde ferait à sa place.
Ou — bien mieux — si elle tournait brusquement à droite... Tous les calculs faussés, quelle révolution parmi les lunettes indignées, entraînées malgré elles dans la trajectoire subversive ! Et les sans-fil de s'affoler d'une extrémité du monde à l'autre extrémité : « Allô, l'Amé- rique, qu'est-ce qui se passe, voyons ? Nous avons Altaïr (ou Orion, ou toi, verte Vénus) à gauche au lieu d'à droite.
Et vous? — Nous comme vous... Phénomène dépassant l'enten- dement. . . Température élevée (ou abaissée) de trente centigrades en huit secondes... Que dit Obser- vatoire de Paris? »
Mais cela n'arrivera pas. Nous allons vers l'hiver, mes bons amis, au petit trot d'une vieille planète dénuée de fantaisie, dépourvue d'imagination et qui ne veut rien connaître en dehors de son devoir. Tant pis. Apprêtez- vous donc. Les toits vont se couvrir de neige ; la bise soufflera, glacée, dans les arbres, dans les squelettes des arbres plutôt, dépouillés, tout nus, réduits à l'état de raides cadavres noircis — qui cependant reverdiront, reviendront à la vie... Patience!
As»
Agnella
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Mesdames, que vous, du moins, soyez belles pendant cette période de deuil. Vous vous parerez pour nous consoler, durant le mauvais voyage, de la lumière perdue ; vous êtes notre espoir, nos yeux sans cesse attachés sur vous ne vous quitteront pas. Voyez ici. Rodier vous fournit les moyens de revêtir de façon changeante la seule forme tangible que nous donnions au mot : bonheur.
Si vous n'y étiez, c'en serait fait, je quitterais la Terre. Je ne souffrirais plus d'être entraîné dans sa course toujours la même, comme dans celle d'un autobus fantôme ne stoppant à nulle station, et dont ce serait bien le diable tout de même si l'on n'en pouvait descendre pendant la marche... «Conducteur, je descends ici... Terre, tu ne veux pas t' arrêter, eh bien, je saute ! » Et je sauterais. Et puis, une fois libre, je me mettrais à tourner autour du soleil aussi près qu'il serait possible sans courir le risque d'être frit, satellite nouveau et point de mire de toutes les lorgnettes de toutes les
sociétés savantes de toutes
les parties du monde ; je me
mettrais gravement
à graviter tantôt
vite, tantôt plus len- tement, à mon gré,
faisant la rotation
îo3
Vagucô Cloquellor
sur moi-même quand ça me plairait et cessant de la faire quand ça ne me plairait plus. Et puis, satellite unique en son genre, je crois bien, dans toute la création, étonnement et admiration des mondes mes confrères : astres, étoiles, planètes, globes et autres boules, quand je serais las de tourner dans un sens, je ferais la chose la plus naturelle : Je me retournerais et partirais de l'autre côté.
Celio.
Arabuilor
JLeiS Jolis
NÉCESSAIRES
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Quand on les rassemblera plus tard, comme on a fait à notre époque pour les boîtes et les étuis du xvme siècle, on sera étonné de la variété ingénieuse et du raffinement somptueux des nécessaires féminins actuels. Jamais nom ne fut mieux adapté, jamais objet ne fut plus utile.
Il faut qu'une femme emporte, le soir surtout, quelques objets, quatre ou cinq, mais dont elle ne peut se passer. D'abord son miroir, sa poudre et son rouge, ce qui sert discrètement non à maintenir ni à relever, mais à souligner sa beauté, l'une adoucissant ses traits, l'autre dessinant sa bouche, pour que son visage oiïre surtout aux regards qu'il veut séduire ses yeux, où va luire son esprit, ses lèvres, où commencent les voluptés ; pas de noir pour les paupières, qui assomme le regard, l'appauvrisse, l'enfonce et semble vider les orbites ; son mouchoir si fin, si ténu, si trans- parent, fait uniquement, dirait-on, pour retenir au bord des paupières une émotion mal contenue ; une clé minuscule, s'il le faut. Les hommes qui l'accom- pagneront auront pour elle des cigarettes et de l'argent, naturellement. Il
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ne faut pas qu'elle ait d'autre souci que de conserver son éclat et d'en disperser la joie.
Mais ces objets, même réduits en nombre, il faut qu'elle les porte avec elle. Où, dans ces robes souples et légères, dont il faut conserver la ligne et qui posent sur son corps que le linge recouvre à peine? La poche est finie la poche ancestrale, dans la jupe ou le jupon. Dans le jour le sac la rem- place, mais c'est gros, c'est lourd pour le soir. Et dans ce sac même, où il faut bien enfermer des papiers, des échantillons, un carnet pour les courses du jour et les visites, on ne peut mettre pêle-mêle les accessoires de sa beauté. Le nécessaire y prend sa place et c'est lui seul qu'on emporte avec soi, le soir, dans les heures qu'on voudrait ne consacrer qu'à son plaisir.
Alors on s'ingénie à ce qu'il soit petit, commode, et surtout élégant. Il faut qu'il accompagne, sans le gêner ni l'alourdir, le geste joli de la femme qui se poudre devant son miroir. Il faut surtout qu'il soit assorti à cet ensemble décoratif qu'est une femme en robe du soir, dans ces tissus de soie, avec ses perles, ses bagues, son bandeau, ses parures qu'elle arrive peu à peu maintenant à varier et à combiner pour la couleur et la forme de ses robes. Quand ce nécessaire est ouvert et qu'elle se regarde dans son miroir, tous ses voisins le voient et jugent du goût de celle qui s'en sert à la façon dont il est.
On ne le fait plus qu'en matières précieuses : or ou platine, s'il s'agit de métal, en pierres dures, cristal de roche, agathe mousseuse, néphrite, jaspe, améthyste, corail, lapis. On combine des décors d'émail très simples, des lignes qui jouent sur le métal et, en y mettant leur éclat chaud, diminuent l'aspect froid ou " enrichi " qu'a l'or employé seul. On y dessine des motifs en pierres calibrées, diamants, rubis, émeraudes, saphirs et onyx, dilficiles à employer si on veut éviter l'alignement d'une boutique de joaillier et dont 1 harmonie des tons est si amusante à chercher. On peut graver ces pierres dures, en faire des mosaïques, les souligner par de l'émail encore ou les sertir par quelques lignes de brillants, discrètes et fines, qui en font luire la couleur.
Les formes en sont, comme les couleurs, amusantes et variées à l'infini, tantôt venant de ces pendentifs de la Renaissance, tantôt de ces boîtes d Extrême-Orient. Le nécessaire à six pans est devenu presque classique, suspendu à son bâton de rouge. Celui-ci constitue le problème de ces néces- saires : le loger pour qu'on l'ait toujours sous la main, facile à prendre. On a résolu la question en le prenant comme support et on en a fait l'attache
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où se suspend le nécessaire et qu'on maintient dans sa main. Une fermeture à baïonnette, au centre de l'étui, et le bâton est là, tout prêt à caresser les lèvres. C'est plus commode évidemment que l'étui à ressort qu'on met dans un côté du nécessaire et dont il faut extraire le rouge. Les intérieurs sont exacts, ajustés, les charnières à peine visibles, les surfaces des cou- vercles planes et polies, sans une ondulation, et les ferme- tures hermétiques, avec des frottements doux qu'on peut
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manœuvrer sans effort et qui doivent empêcher la poudre de se répandre. Comme au xvme siècle pour le tabac, qui ne devait ni s'évaporer ni s'échapper, on a dû maintenir la poudre, pour qu'elle conserve son parfum et ne ternisse pas la glace qu'elle accompagne, sans laquelle elle ne peut servir. Les progrès faits à cet égard dans la technique de ces objets sont curieux depuis ces dernières années, et les meilleurs artisans parmi les ouvriers bijoutiers, ceux qui ont conservé le goût de l'effort patient et du travail achevé, se sont disposés à cet art de la boîte et sont devenus, en terme de métier, des " boîtiers ".
Ainsi s'est développée toute une création d'objets nouveaux dont une femme ne peut plus se passer. Le nécessaire actuel, qui est si intimement lié aux aspects successifs de la femme moderne, doit varier avec eux. Quel charmant et amusant symbole d'une liaison heureuse et prolongée. Quel exquis cadeau pour en marquer les étapes, les anniversaires, les rencontres joyeuses, les modulations et les apaisements. Comme on peut les assortir au visage longtemps contemplé, aj^caractère, à Yjs&apfe, aux enrichissements du goût et de la sensibilité de^la femme qu^oii aini^/Ët c'est une joie pour un amant fidèle et rafifiné^que de^combineç-àin^i a^pcs dates, qu'il aime à marquer, ce qui témoignera sa pensée constate eple/édlte fervent qu'il rend à son amie.
Robert Linzeler.
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LES SURPRISES DE L'OPERA
LETTRE D'UNE PERSONNE DE QUA LITÉ A UNE AMIE DE GRENOBLE
Chère Florinde,
~JMTe par donnerez- vous mon retard à vous détailler les merveilles du Bal Vénitien. Depuis longtemps je désire vous faire partager le plaisir que j'y pris, en vous racontant non seulement les fastes de cette illustre soirée, mais encore les mille riens qui en furent le prélude et l'ouverture; ainsi vous imaginant le spectacle dans tout son feu, vous croirez y avoir assisté en personne.
Huit jours auparavant on ne parlait que de la fête : la marquise Casati, insatiable de perfection, venait de lacérer une robe merveilleuse à laquelle on travaillait depuis trois mois. MlleSorel faisait confectionner un collier de diamants pour le lionceau qui devait figurer à ses pieds; vingt brodeuses travaillaient nuit et jour à la robe de Célimène et, quand l'une d'elles, succombant à la fatigue, pâmait, une remplaçante s'asseyait aussitôt au métier. On chuchotait le nom des plus grandes dames qui devaient figurer au cortège accompagnées de leur sigisbées et mêlées à des comédiennes illustres, chacune brûlant d'éclipser ses rivales par le faste et le goût conjugués.
Le jour du bal à la répétition générale, la salle de l'Opéra bouillonnait comme le chaudron des sorcières, l'émulation, le désir et la vanité se muaient en de furieuses passions et l'on put voir les chefs des entrées se disputer âprement la possession d'un escalier monumental recouvert de velours noir : l'un voulait la totalité des degrés, l'autre ne voulait accorder que dix marches, le troisième réclamait la virginité de ce colossal mausolée. Il fau-
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drait la plume de Saint-Simon pour évoquer cette furieuse mêlée. Seul, le directeur du Gauloid, échoué sur le siège du doge et pareil au sage Ulysse sur son rocher, gardait son aménité coutumière, mêlant le miel et l'huile aux flots d'absinthe répandus.
La salle était complètement parée, partout pendaient des drapeaux, des lanternes et des banderoles; aux balcons se déployaient des étoffes à ramages, tels on voit aux palais vénitiens les damas que la lumière meurtrit. L'ensemble évoquait un peu les galeries de la « Chananéenne » un jour de grande mise en vente, avec tout de même un faste suffisamment oriental.
Mais quel émoi, les musiques sont mal réglées, les danses ne sont point sues, les couples descendent à contretemps les marches du catafalque (dû aux soins de Borniol, il convient de le dire, car le plaisir et la mort sont étroi- tement liés, et fouler en dansant ces linceuls funèbres ne dut pas être pour beaucoup un médiocre excitant). Comment la soirée va-t-elle se passer?
Hé bien ! ma chère, trêve aux méchants badinages, tout fut parfait, le cortège se déroula à l'heure fixée, dans le meilleur ordre et pas une princesse ne laissa choir sa pantoufle en descendant, les danses furent harmonieuses et les accords bruyants à souhait.
On vit d'abord s'avancer M. de Max, le doge, tout en or; des pages cramoisis soutenaient son manteau, un nègre colossal l'abritait sous un dôme d'or et de plumes, derrière lui papillonnait un mélange de masques en baute et de gentildonne, habits étincelants et robes jonchées de bouquets, dentelles d'or et dominos de taffetas zinzolin et, comme au temps de Longhi, des visages en carton blanc à l'irritante laideur donnaient au feu du regard une inquiétante profondeur.
Puis parut l'Adriatique sous f les traits de Mme Ida Rubinstein, longue, nacrée, chargée de paniers prodigieux dont l'enflure satinée évoquait le bulbe d'une jacinthe de Perse. Elle s'avança suivie
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d'un manteau infini de velours et d'hermine, tenant en main un éventail pareil à une fleur sous-marine. Le doge lui passa au doigt l'anneau symbo- lique et la naïade irisée comme les verreries de Murano prit place à son côté pour jouir des divertissements.
Le feu d'artifice ruissela d'abord le long des degrés sombres, dans l'étincellement de tous les ors, avec ses lanternes, ses fusées, ses jets d'eau et ses fontaines. La plus belle des duchesses à peine déguisée en sirène, masquée de ses cheveux d'argent, parée de perles et de coraux, mima avec des poses eurythmiques le flux et le reflux et le jeu onduleux des vagues. Enfin ce fut, émergeant des dessous, debout sur un disque d'or, comme dans le champ d'un kaléïdoscope, l'apparition de la marquise Casati, ruisselante de lumière, mitrée de joyaux, nue dans un réseau de diamants et traînant derrière elle un corymbe constellé, à la fois arachnéenne et pesante, pareille sous ses étamines et ses pistils à quelque grande fleur de givre, immatérielle et fragile. Vêtu de bleu, le comte de Beaumont aux nocturnes regards lui présenta une boule d'or, emblème je pense de son royaume, et l'on vit descendre des cintres une étoile portant l'infant Don Luis venu honorer cet astre neigeux.
Vous pensez si le public était content, ce n'est pas tous les jours qu'il est permis aux vilains de voir, pour cent francs, un prince d'Espagne esca- lader les nues.
Je m'en voudrais d'oublier Venise représentée par Mlle Sorel, masquée, mais que tout le monde reconnut au jaillissement de ses plumes et à l'enver- gure de son vertugadin. La fameuse comé- dienne avait fait la gageure de dépasser tout ce qui s'était fait jusqu'à ce jour en
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panaches et en paniers; elle a gagné haut la main. Coiffée en feu d'artifice elle arborait des fusées d'aigrettes et des glands de diamants d'une telle exubérance qu'elle dut, sitôt la cérémonie terminée, aller déposer dans les coulisses cet écrasant caparaçon et revenir modestement coiffée d'un mignon tricorne gris. Je ne pus en la voyant m'empêcher de penser à Louis XIV, qui, recevant lui aussi une ambassade orientale, avait fait coudre à son habit tous les diamants de la couronne et était si brillant et si appesanti qu'à peine pouvait-il se mouvoir. Venise avait prudemment abandonné son lion, craignant avec raison qu'il ne retournât à la férocité, en humant tant de chair fraîche.
Puis ce fut l'ambassade persane : l'ingénieux artiste qui présidait à ses destinées avait pris au cortège des quat-z-arts son superbe Boudha doré et sa théorie d'hommes bleus, hiératiquement immobiles. On sait que le nu revêtu d'une couche de peinture cesse d'être immodeste, ce qui a permis aux plus scrupuleuses douairières d'admirer sans rougir de notables académies. Entre ces deux frises se déroula un étonnant cortège qui allait de la Perse à la Chine en passant par Kismet et Sumurun, ombrelles, coiffures de plumes (où furent immolés des postérieurs entiers d'autruches adolescentes), mitres d'or, traînes féeriquement allongées, esclaves, danseuses, palanquins, composant le plus fastueux spectacle qui se puisse imaginer.
En tête marchait, vêtu d'argent glacé et frère des diamants noirs, le prince Karam de Kapurthala, puis venaient les vedettes de nos théâtres et les mieux nées de nos amies. Je ne les nommerai pas pour ne pas offenser ici leur modestie : tranàierunt benefaciendo '.
N'oublions pas l'armée muette et fervente des gigolos passés à l'ocre et l'œil fait « en miniature persane » qui encadrait cet essaim de belles personnes.
Dans les loges, fort entourées, les reines du nickel, du béton, de la margarine, beautés sérieuses, immobiles sous des girandoles de perles, contemplaient béantes ces saturnales de la bienfaisance, répétant : c'est un de ces spectacles qu'on ne voit qu'à Paris.
C'est mon avis, ma chère Florinde et après avoir admiré je me suis follement diverti. Le masque et la baiite autorisent bien des licences et permettent aux femmes d'asséner de bonnes vérités aux galants qui les obsèdent; ils leur permettent aussi de dire des gentillesses à ceux qui leur plaisent et auxquels elles ne sauraient, à visage découvert, témoigner tout le bien qu'elles voudraient. Je t'embrasse.
Vicomtesse de Sygognes.
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Veloufé dorure
PETIT A PROPOS EN PROSE
SUR DES TISSUS DE
BIANCHINI
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ÉJA, sous mes maîtres, ceux-ci jugeaient qu'il y avait en moi de l'étoffe; quelle ne serait pas leur orgueilleuse joie s'ils me savaient devenu le poète officiel des industries du textile : « Nous avions vu juste, diraient-ils. » Il est vrai. J'étais marqué pour ce destin. Inévitablement formé pour le commerce des Neuf Sœurs, c'est îa dixième que je choisis de servir : la Mode. J'écrivis donc, avec conscience et probité, de la robe longue et de la robe courte, plus longuement de la seconde que de la première afin de rétablir l'équilibre. Le ciel me
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pardonne la frivolité de tels sujets ! Du moins sus-je éviter en les traitant, les séduisantes erreurs, les brillants dangers où n'eussent peut-être pas laissé de m'entraîner, malgré mon goût de la vertu, de moins innocentes entreprises ; du moins mon œuvre ne sera pas condamnée à Rome, au redoutable Index mon nom ne figurera pas.
Mais où je suis passé maître, où j'ai acquis sans conteste une véritable supériorité, c'est dans les tissus.
Ce que je suis, c'est archiviste en tissus, le plus beau des archivismes si l'on ne risquait d'y mourir de faim. Essayez d'expliquer cela ! J'ai dans mon cabinet six mille échantillons d'étoffes, et hiver comme été il n'y a pas d'homme
Crêpe boééelé
plus mal vêtu que moi. On sent qu'il y a là une anomalie dont j'utiliserai à démêler les raisons secrètes les premiers loisirs que me laissera, dans l'intervalle de deux collections le prochain ralentissement d'activité dans l'industrie du textile. JVLais quelle science attachante, méritant qu'on en fasse son unique étude ! Je travaille dans la fièvre. Je viens d'annoter entièrement de ma main, sur l'original même, la grande référence des satins de Bianchini contenant plus de trois mille numéros. Travail de bénédictin, gêné à tout instant parles réassortisseuses de la couture venant confronter à mes échantillons des morceaux d'étoffe que j'arrachais à leurs mains sacrilèges : « Velours datln brocart n° 46.048, T. » Elles demeu- raient béantes, confondues, je pense, d'admi- ration.
Dans l'aimable domaine de la littérature et de l'imagination, pour amuser mon esprit dans les limites d'où je me suis juré de ne plus sortir de la science à laquelle j'ai dévoué ma vie, je médite, en utilisant les découvertes du tactilisme, un roman dont l'action se passera dans le monde du faubourg Saint- Germain, et dont le titre seul sera de moi. Les pages seront remplacées par des rectangles d'étoffes dont chacune, par la sensation qu elle commu- niquera aux doigts feuilletant le livre, traduira les sentiments de l'héroïne et la progression du drame dans l'âme des personnages. Bian- chini et moi, qui sommes les auteurs de ce livre qui ressemblera assez à une liasse d'échantillons, en avons déjà écrit quelques chapitres. Vous lirez, au
J^e Lourd gazon broché
moment où le récit atteint son point culminant, un chapitre Velours dorure qui est d'un corsé... Je ne sais si Ton en pourra permettre la lecture aux jeunes filles.
Des travaux d'une nature si audacieusement en avance sur l'état actuel de la critique seront-ils compris ; le genre littéraire auquel j'ai consacré, des dons abondants que m'avait départis la nature, les plus précieux, rapportera-t-il en gloire à son créateur l'équivalent de ce qu'en consciencieux travail il lui coûta ?.. Peu m'importe; d'autres récolteront à ma place. Un jour le dédain dans lequel on tient encore la litté- rature vestimentaire disparaîtra; un prix Goncourt, peut-être, pour marquer la fin d'une odieuse injustice sera attribué à l'œuvre d'une rédactrice de modes. Alors, ouvrier de la pre- mière heure, je ne serai plus ; personne ne connaîtra ce nom :
Vaudreuil.
Veleurô
éatin
brocart
VARIATION SUR DES RUINES
PO MPÉI
/^E qui frappe d'abord à Pompéi c'est la petitesse ; tout y est réduit, ^"^ resserré, exquis. Dans les rues, deux chars traînés par des esclaves ne sauraient passer de front, les maisons si précieusement ornées sont minus- cules : petites portes, petites cellules aux étroites ouvertures, retraites préparées pour la paresse et la volupté dans le silence et la pénombre.
Les Romains lassés des colosses, des panthéons gigantesques, des cirques, des pyramides, comme écrasés par leur monstrueuse grandeur, vinrent se blottir sur cette côte privilégiée et s'y bâtirent des nids douillets, clos par cette ceinture vaporeuse de collines bleutées qui demeure la souve- raine beauté du lieu.
Rome est une ville de feu; on y respire la poussière calcinée des morts. Les plus suaves haleines caressent le golfe de Naples, le climat y est si doux qu'il passait jadis pour funeste aux vierges. Bercé dans cette mollesse aérienne, l'être humain s'épanouit, s'abandonne, pareil aux belles vignes jaillies de ce sol volcanique et qui tendent leurs bras chargés de grappes d'arbre en arbre, s' enlaçant et retombant pour se couler contre de nouvelles tiges qu'elles épousent de toute leur sève puissante.
Toute cette campagne est verte et fleurie ; les racines qui trempent
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dans le feu y puisent un suc merveilleux, ce ne sont que roses, oranges et grappes, et Ton marche dans un parfum si dense qu'il passe sur les visages comme une écharpe.
Pompéi est une ville rouge et jaune, barbouillée de vermillon et d'ocre. Sur les murs, des guirlandes déroulent leurs festons et leurs volutes, et des perspectives feintes ouvrent leurs arceaux et leurs bocages. Ailleurs, ce sont des envols de nymphes, des danses de satyres, des jeux d'amours, tout un peuple de divinités familières pareilles aux abeilles de la ruche. Les sujets se répètent à peine modifiés, on sent le modèle et la copie. La ville entière semble décorée par un atelier à la mode, en virgules de couleurs avec beaucoup plus d'assurance que de maîtrise. Les peintures, à peine exhumées, flétrissent et redeviennent cendre, tous ces badinages sont usés comme des ailes de papillons derrière les vitres du Muséum.
On dirait, à considérer l'ordonnance apprêtée de ces œuvres, des tableaux vivants disposés sur les gradins d un théâtre. Que la scène soit héroïque ou tendre, ce sont, gracieusement posées, les belles Napolitaines et, nus, minces, râblés, couleur- de fuchsia et miroitants de reflets, l'œil inerte et métallique, les bouviers de la montagne.
Tout cela empreint d'un érotisme puéril qui aggrave les nudités à l'aide de draperies glissantes, de nébrides dégrafées, parant les académies de somptueux cothurnes pour épicer un peu les cuisines amoureuses. Que d'herma- phrodites s'étirant sur des lits capitonnés ou réveillés par des satyres curieux, dont l'effroi et l'inquiétude ne
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paraissent pas véritables. Combien d'Hermès, de Termes, combien de corps enroulés, agrippés, noués. Le plaisir paraissait bien fade dans un temps où, toute licence étant admise, les désirs satisfaits aussitôt que nés mouraient languissamment.
Ces images révèlent bien fortement l'usure d'une race qui ne sait à quels dieux s'abandonner, ayant essayé de tout et comblé la mesure des faiblesses. Regardez au Vatican ces figures préoccupées, ennuyées ■ — que de lippes et que de moues - — grands nez, profondes rides, doubles mentons, images de lucre et de cautèle, tour à tour le museau de l'hyène et le groin du porc. Portraits de banquiers, d'affranchis, succombant sous l'enflure d'une prodigieuse fortune.
Les matrones ne sont pas moins inquiétantes, gros yeux, larges joues et frisures, ce sont des goules. Le corps est encore valide, mais l'âme est blette. Ils sont tous voués aux mystères asiatiques, aux divinités molles et féroces frottées de myrrhe et de sang, et la proie de leurs esclaves, surtout des Grecs si alertes, diserts, élégamment corrompus, chargés d'objets précieux : statues, vases, manuscrits inestimables.
Tout ce qui dans l'art romain est beau n'est qu'imitation de la Grèce; les Romains sont d'excellents ouvriers, habiles aux ouvrages énormes, déroulant à travers le globe les aqueducs infinis, entassant les cirques, les panthéons pareils aux montagnes, déployant le tapis des mosaïques, tirant des carrières une forêt de colonnes étincelantes. Mais leurs statues sont mesquines, pauvres ; ils ont beau placer le visage affreusement fidèle sur un corps héroïque, tailler l'image dans un marbre plus doux que la chair, dans le basalte ou le porphyre rouge, l'œuvre est indigente et sans gloire.
Ils ne purent digérer ce monde qu'ils avaient dévoré et moururent sur leurs richesses, rongés par cet ulcère asiatique ; c'est pourquoi beaucoup se réfugièrent à Pompéi pour y réchauffer leurs os usés, parmi les vignobles délicieux, sur ces pentes caressées par l'air salin. Dans l'atrium, l'eau bouillonne froide et noire, un carré de ciel aveugle, les plantes rares étirent leurs rameaux languissants, tout le reste est ombre, silence, quiétude; les chiens et les perroquets se taisent. Seuls éclatent le rire d'un esclave cha- touillé ou le tintement d'un pendant d'oreille qui se détache et bondit sur les mosaïques.
La petite maison est pleine de masques hilares; il y a sur les stèles
des images burlesques qui amusent les bambins frisés et les lasses matrones, et l'eau cachée bouillonne et roucoule comme un oiseau encagé.
Et sur toute cette vie secrète, moelleuse et chaude comme le cœur de la rose, la mort soudaine, le grand feu écroulé en nappes rouges mêlé de cendre et de lave.
Menus débris dans les vitrines, bijoux précieusement travaillés, por- traits minuscules peints sur verre (encore ces vilaines figures aux grands yeux inquiets), flacons de parfums en forme de cigales, boules de fard rose, bagues précieuses où demeure l'os dénudé du doigt, verreries de toutes les couleurs de l'iris, pareilles à des fleurs, petits amours dorés gravés sur des miroirs... bibelots!
Ce sont des trésors mélancoliques ; mais plus que l'empreinte des corps dans la cendre durcie, plus que les dépouilles des morts m'émeut l'usure laissée à la margelle des fontaines par les mains de *ceux qui se penchaient pour boire. Je pense que Pompéi est un des lieux du monde où la volupté et la mort sont le plus étroitement liées et qu'il faut s'y rendre pour se sou- venir et rêver. J'imagine la stupeur des premières découvertes quand les fosses béantes rendirent leurs trésors, et j'en compose une gouache dans le goût d'Hubert Robert. . — J'y vois des dames en grand habit, des savants et de beaux prélats en robe rouge. On les abrite des feux du jour sous de grands parasols un peu chinois et on leur présente des sorbets avec des révérences. A leurs pieds, les travailleurs luisants de sueur et à demi sortis d'une cave leur tendent des médailles, des vases ou quelque visage de marbre empreint d une beauté immatérielle, et la scène est encadrée par de grands arbres échevelés pareils à un faisceau de plumes. Mais où sont ces richesses dont parle le président De Brosses dans ses Mémoireé sur " la ville souterraine découverte à Ercolano " ? Où est le temple rond aux colonnes précieuses et le pavage de marbre jaune? Quelle église, quel casino de cardinal ou quel palais de courtisane s'enrichit de ces dépouilles voluptueuses, aujourd'hui émiettéesetperduespourla seconde fois.
George Barbier.
MANTEAU
COURT
PEAUX ET TOURRURES
contenant nuit croquis oe manteaux appelés manteaux trois -quarts entièrement en cuir
MODÈLES CRÉÉS PAR LA
GAZETTE
BON TON
LA MODE ET LE BON TON
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T) eut-être aimez-vous la mode, c'est-à-dire ce qui vient de paraître à la minute même, et le changement est-il chez vous un besoin quotidien ?
Moi, je suis tout l'opposé, je n'aime rien tant que ce qui indique la personnalité de chacune, dédaignant l'uniforme, aussi ai-je une tendance à repousser d'emblée la mode. Ce que je préfère, c'est porter avant les autres une forme absolument inattendue, que je n'ai pas vue sur ma voisine, au res- taurant ou partout ailleurs. Or, vous en conviendrez, nous traversons une phase en opposition directe avec mes goûts, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier toute la grâce de certains modèles, la préciosité des détails, l'art déployé par nos artistes couturiers dans le nombre incalculable de modèles qu'ils nous soumettent chaque saison.
Je reviens de la compagne où, devant tant de belles manifestations de la nature, l'on devient difficile en ce qui concerne formes et couleurs, et l'on ne se sent pas dis- posé à admirer n'importe quoi ; or, mes visites dans les grandes maisons m'ont ravie.
C'est sincèrement que je vous dis : cet hiver nous propose des échappatoires à ce qu'il est convenu d'appeler la Mode, celle de tout le monde.
Ci vous choisissez l'un de ces tailleurs de brocart de Smyrne gris sur rouge, ou un
velours de Smyrne écossais, vous aurez avec la jaquette bridée à parements immenses, et la jupe à plis d'un seul côté seulement, une allure de Carpaccio qu'il sera difficile d'égaler ; ce n'est plus là le costume banal. De même que vous pourrez porter une longue veste à la russe, bordée de fourrure, peu aisée à recopier si vous la prenez dans une grande maison.
La robe d'après-midi changera moins que celle connue depuis deux saisons, mais on aura la facilité de dissimuler sous une de ces innombrables capes adaptées à chacune des robes très légères, les genres les plus variés de tissus : ceux-ci à tel point renou- velés que vous n'auriez pour ainsi dire qu'à vous draper dans l'un de ces damas laqués pour vous trouver transformée en statue indienne de la plus belle matière. De même, avec les velours indiens aux tonalités neutres et sombres mélangées vous n'obtiendrez que des ensembles merveilleux.
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a robe du soir offre cette particularité d'être, cette saison, gainée comme jamais elle ne le fut ; ou bien de pur style Louis XIII, ou 3840. Le " gainé * nous ramène à l'époque des * premières " sensa- tionnelles de la grande Sarah : même ve- lours à reflets d'or, mêmes bordures de four- rure près du sol, mêmes ceintures de métal,
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avec ou sans manches, forme qui rendra plus belle la femme dont la ligne est dégagée, sans lourdeur du côté des hanches. En den- telle, cette robe sera belle : mais dentelle d'or, d'argent ou de cuivre.
Sur ces combinaisons, qui ne sont que rutilances, splendeurs de dessins d'or, les manteaux seront d'inspiration vénitienne ou orientale comme certains manteaux arabes transposés en tissus métalliques au lieu de laines.
A u point de vue purement technique, je dois vous dire que l'ampleur est la préoccupation de toute la gent couturière ".
Celui-ci la met en éventail sur le devant d'une jupe, l'autre la dispose sur un seul côté d'une robe, fendue du haut en bas depuis l'épaule ; un autre taille ses jupes en forme tout autour, ou bien encore seu- lement au bas de la ceinture infiniment basse. Quant aux manteaux, on en voit de dix-huit mètres de tour, en velours ou drap, dans une quantité d'étoffes inattendues.
Mon impression personnelle est que cette ampleur qu'il faut remettre en faveur puis- que la mode doit se renouveler quand même, n'est pas du tout ce que souhaiteront les femmes au goût sûr et qui nous font la loi, si l'on peut dire. J'ai l'impression que la robe à " pagne ", enserrant fortement les
hanches, bien plus que nous ne l'avons encore vu, avec le restant de la jupe s'éventaillant ensuite en ampleur, voilà ce qu'elles aimeront. Et, cela, tout simplement parce que ce sera un moyen de plus de faire voir une silhouette pure, un corps har- monieux ! . . . Car, vous aurez beau offrir ceci ou cela, retenez bien une chose : chaque époque a subi le mouvement que deux ou trois femmes ont donné à la mode de cette époque.
Le corps ne se transforme pas par les formes, mais bien les formes qui s'adap- tent, coûte que coûte, aux corps de chaque époque, j'en ai la conviction. Une étude même superficielle de l'histoire de la statuaire ou de la peinture vous convaincra rapide- ment de ce que j'avance.
es doublures réapparaîtront en dou- blures. Surtout, comme aux capes de nos mères, le vison et le petit gris ; les autres fourrures de fantaisie au nom impressionnant réchaufferont des * dessus ' . souples en crêpe léger et en mousseline brodée. Le veston de loutre et d'astrakan rasé nous donnera, pour le matin, des vestons courts et amples à la mode romantique.
Plus ça change, plus c'est la même chose I . . .
L. R. F.
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lication des Plâncnes HorS'-lexi
CONTENUES DANS LE NUMÉRO 7
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lanche 49. — Une robe du êolr, de Paul Poiret. Elle edt en lamé argent avec une tunique en crêpe georgetle bleu brodé argent et dlradd, et bordé de zibeline.
Planche 5o. — Un coétume de chadde à tir, de Kriegck.
Planche 5i. — La robe eét de Béer; c'edl une robe de voile ornée de cocardeé en ruban. Le coétume eét de Larden. Leé épaulée du vedton dont carréeà; le pantalon à pli codée dur le doulier ; le gilet, croidé, en piqué.
Planche 5s. — Une robe du doir, de Martial et Armand, ve lourd noir et col de dentelle d'argent.
4*
Planche 53. — Deux chapeaux, de Camille Roger, l'un, de velourd noir, padde de plumed d'autruche. Le toque t edt un drapé en ve lourd.
4*
Planche 5 4. — Robe de promenade, de Worth, en organdi brodé.
4*
Planche 55. — De Jeanne Lanvin : Une robe en vermeil blanc, col dentelle d'argent légèrement rebrodé, cbouquellei de petite* rode* violineé dané le baé de la robe. Et la petite robe d'enfant, en laffetaé violine, garnie aiuù de peliteé roéeé brodée*.
4*4*4* 4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*4*
138
4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4* 4- 4* 4* 4* 4*
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BANCO
ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET
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V° 7 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 49
ET D'UNE
COSTUME DE CHASSE, DE KRIEGCK
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A'° 7 de La Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Flanche 5,
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LES VACANCES AU CHATEAU
ou
I/INVITÉ TIMIDE
ROBE, DE BEER. COSTUME, DE LARSEN
N° 7 de la Gazette du Bon Ton.
Année IQ22. — Planche 51
UNE ROBE
DE MARTIAL ET ARMAND
N° 7 de la Gazette du Bon Ton. Année 1922. — Planche 52
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LES CINQ SENS I. — L'ODORAT
CHAPEAUX, DE CAMILLE ROGER
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JV° 7 & /# Gazette du Bon Ton,
Année 1Q22. — Planche 55
ROBE, DE WORTH
JV° 7 de la Gazette du Bon Ton.
Année 1922. — Planche 54
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LA ROSE DU JARDIN
ROBES, DE JEANNE LANVIN
N° 7 Je ta Gazette du Bon Ton.
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Année 1922. — Planche 55
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MANTEAU EN PEAU GLACÉE SOUPLE, BORDÉ DE SINGE
N° 7 de la Gazelle du Bon Ton Année 1921. — Croquis XL IX.
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MANTEAU D'ANTILOPE ET ÉCUREUIL
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MANTEAU DE RAT, BRODÉ ET BORDÉ DE RENARD
N° 7 de la Gazette du Bon Ton Année 1922. — Croquia LI.
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MANTEAU EN CUIR BRODÉ, DOUBLÉ DE LOUTRE
JV° 7 de la Gazette du Bon Ton. Année 1922. — Croqu'u LU.
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MANTEAU EN TAUPE ET PEAU DE CHAMOIS
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N° 7 de la Gazette du Bon Tôt, Année 1922. — CroquU LUI:
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MANTEAU DE PEAU DE MOUTON, DOUBLÉ ASTRAKAN
^° 7 de La Gazette du Bon Tori Année 19*2. — Croquié LIV.
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MANTEAU DE SUEDE BORDÉ DE ZIBELINE
N° 7 de la Gazelle du Bon Ton Année 1922. — Croauià LV>\
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VESTE DE LOUTRE GARNIE D'HERMINE
N° 7 5e /a Gazette du Bon Ton Année 1922. — Croquis LVI.
pour paraître prochainement
SPORTS
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XXXI
LA
CITROËN
ET LES SPORTS
LE ROWING
XXXII
*-
LE
STATUE
d'OR
I
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TTéphaïstos, riche maître de forges et AA directeur des inventions sous le ministère Zeus, avait fabriqué, nous dit Homère,un grand nombre de statues d'or, semblables à des adolescents animés. Elles possédaient la force, la pensée, la voix. Étaient-elles capables d'amour? Homère est muet sur ce point. Mais je croirais volontiers que non : car nos bel- les automates avaient, en même temps que l'éclat de l'or,sa franchise légendaire et son inaltérabilité. Or l'amour, comme chacun de nous en a pu juger par sa propre expérience, ne se nourrit que de changement et de mensonge.
Après la chute du gouvernement olympien, que devinrent ces créatures divines? Il était naturel de penser qu'elles avaient partagé le sort de leur maître et vivaient en exil, dans quelque canton inaccessible de l'univers. Il n'en est rien. Elles n'ont point quitté la terre. Et la preuve, c'est que, l'autre soir, j'ai retrouvé trois d'entre elles.
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Copyright October 1922, by Lucien Vogel, Paris.
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C'était dans une de ces immenses volières, ou pour em- ployer l'expression consacrée, dans un de ces immenses salons, comme on n'en voit plus guère que dans les films. Mes trois statues d'or venaient de faire, comme l'on dit, une entrée sensationnelle. On chuchotait:
— Les trois sœurs Murray . . .
— Ah! Ce sont là les fameuses robes en lamé d'or? La trouvaille de la saison?
A l'heure du tango, elles dansèrent, vivantes pépites. Je dois
230
dire que pour des statues elles s'en tirèrent fort bien, avec cette nerveuse raideur qui donne aux danseurs d'à présent un air de somnambules passionnés. L'industrieux Héphaïstos avait prévu le tango parmi les mouvements variés dont il avait doué leur mécanisme intérieur. C'est égal, à la place de leurs cava- liers, j'aurais été bien mal à mon aise. Après avoir tenu dans mes bras l'un de ces placers, Alaska, Pactole ou Californie, j'aurais souffert de ne pouvoir les emporter chez moi, soit pour en battre monnaie, soit pour tel autre usage que m'eussent
231
inspiré les circonstances. Ou encore j'aurais eu peur d'être soudain frappé de la même folie que le roi Midas et de ne plus pouvoir toucher, ne fût-ce qu'un sandwiche, sans crainte de le voir se muer en un pain d'or, avec, au milieu, une appétissante tranche de rubis.
Mon ami l'ambassadeur d'Utopie, auprès de moi, roulait des pensées non moins sombres.
— Il me semble, murmurait-il, voir ruisseler sur leurs épaules et autour de leurs reins toute l'encaisse métallique de la Reichsbank. Dire qu'il suffirait de l'une de ces robes pour remonter les finances de ma pauvre république d'Utopie, dont la monnaie, comme vous le savez, a été si dépréciée par la guerre: il faut mille couronnes utopien- nes pour faire un rouble. Jugez-en . . .
Et pendant que tournaient lentement les précieux objets ou tant d'or se relève en bosse je me disais que l'un et l'autre, le poète impécunieux et le diplomate dédoré, dans notre envieuse contem- plation de ces chefs d'œuvre d'un dieu qui, entre nous, n'est peut-être que le dieu Dollar, nous figurions assez bien le pauvre hère de la fable, qui devant le sou- pirail d'un rôtisseur mangeait son pain à la fumée des victuailles impossibles.
Georges Armand Masson.
232 .
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POUDRE
ET
LES BALS
Quand on est presque nue, au bal, la grande question jusqu'à ce jour était le petit problème d'élégance féminine : comment porter la poudre ? On peut dire que tout ce qu'il y a de fine fleur sortie de nos meil- leures écoles techniques avait pâli sur la question. Epures sur épures, plans, projets, combinaisons où l'ingéniosité du dispositif le disputait à la richesse de la présentation, tout ce qu'on avait trouvé n'était que perfectionnement du nécessaire à poudre, qui n'était lui-même qu'erreur fondamentale.
Faute de l'avoir envisagé d'un esprit suffisamment libre d'imitation, personne, jusqu'ici, n'avait résolu, pour le soir, comme il fallait, le problème du néces- saire — par la suppression du nécessaire.
La poudre et la houpette sont contenues dans une petite boîte fixée sur une des branches de l'éven- tail. Pendant à l'extré- mité des cordons: les bâ- tons de rouge et de noir.
*33
xrv^ * ?
Loin de nous d'instruire le procès du charmant bijou, dont l'existea ce n'est pas atta- quée, certes : quinze autres occasions que les soirées au bal, ou vraiment il ne convient pas, lui fourniront l'occasion de briller. Mais est-ce notre faute si deux ou trois sérieux
Boîtes à poudre ménagées dans l'épaisseur de longs bracelets. Miroir dans le couvercle de la boîte.
234
En haut : Boîtes à poudre suspendues à un long penden- tif que traversent, à hauteur de la poitrine, deux barrettes contenant le rouge et le noir. En bas; Boîte à poudre montée sur un gantelet.
inconvénients plaident d'eux- mêmes contre lui.
D'abord son principe même : Le nécessaire est fait pour être tenu à la main, et quand on danse on sait qu'il faut avoir le corps libre et les mains premièrement. Un ob- jet, même minuscule, même
infiniment joli et précieux, balancé au bout d'une chaîne . . . les anges, à cette vue, ]e vous jure, se voilent la face.
Laissez votre nécessaire sur la table quand vous partez en musique : oublieuse comme vous Têtes et tenant si peu aux richesses, vous l'oublierez, f en suis certain. Et il y a des gens dans le besoin partout et particulièrement dans les dancings.
Le mieux, c'est que vous regardiez les idées ci-contre, et les montriez à votre joaillier.
Celio.
)
Nécessaire trois -pans con- tenant la glace et deux pochettes à poudre. Replié, le bâton de rouge en assure la fermeture. Ce nécessaire n'est pas destiné à être tenu à la main, mais, par un cro- chet, suspendu a la ceinture.
.
236
LES
FICHUS
Oue la Mode soit, comme on Ta prétendu, une véri- table souveraine, vive Dieu, ce n'est pas moi qui contre- dirai à cela, mais alors elle Test à la manière des plus illustres: Catherine, Marie- Thérèse et cette Nitocris de qui j'entreprendrai quelque jour d'écrire l'histoire; c'est par le fougueux caprice qu'elle règne. De princesse
l57
plus folâtre qu'elle, on n'en connait pas. Sa cour ... la fantaisie y par- tage avec elle le pouvoir; le Plaisir aux joues en- flammées, en justau- corps de velours, tenant la main de la reine en robe de brocart d'or, y domine sous un blanc dais d'hermine la foule sujette éclatant en longs cris d'amour. Des fastes
et des fêtes ... les nuits trans- formées en jours ... les arrivées d'ambassades croisant conti- nuellement sur la mosaïque des salles d'honneur les départs d'ambassades... Et puis, d'al- tiers caprices : le courtisan d'au- jourd'hui tiré de l'ombre par une royale main et se mettant incontinent à resplendir; le fa- vori d'hier, banni, recevant de
238
^^
la même main qui lui prodigua les faveurs sa froide disgrâce... De brillantes injustices commises ; des exils réparés avec éclat ; des erreurs fertiles , des trouvailles de génie, des absurdités tant qu'on en veut, des idées, des audaces , mille folies . . . Ainsi s'exerce l'empire de la mode.
Ainsi un ordre d'elle rappelle le fichu qui, retiré sur les terres d'où il tire son origine, avait con- servé uniquement la fidélité de quelques villageoises. Un jour, sa retraite est découverte; on s'empare de lui, on le réhabilite, on le ramène en triomphe. Il n'est pas plutôt reparu que c'est un ravissement général: Qu'il est charmant! Voyez son air
239
coquet ; quelque chose de naïf et de fier à la fois indique sa rustique origine. Son succès est assuré.
Et toi, Mode amoureuse du seul nouveau, tu le vois, tu l'encourages; déjà l'accompagne le murmure flatteur qui est, au pied des trônes, l'indistinct écho de la faveur. Allons, le fichu sera à la mode, cette année.
Siki.
240
LA FEMME TRIOMPHANTE
UN DROIT SACRÉ A femme a le droit d'être triomphante. Elle est un être si charmant, si -*-* séduisant, si indispensable à l'homme, dont elle fait le bonheur et les délices. " De la Chine jusqu'au Pérou " (comme disent les classiques modernes), Madame et Mademoiselle cheminent la route étoilée, en faisant de nombreuses conquêtes. Si les explorateurs intrépides pouvaient nous découvrir les deux extrémités polaires, ils y trouveraient, sans aucun doute, des charmeuses. Admettons que la science exige que ces messieurs s'occupent de questions géographiques — et peu intéressantes. Pour nous autres, la femme qui sait triompher n'est-elle pas suffisamment scientifique ?
Quel sera le but de ce triomphe ? Le mariage ? L'amour ? Ou tous les
deux ; la belle et désirable combinaison ? 11 ne faut pas demander trop des
dieux, qui sont jaloux, si on peut faire crédit à Papageno dans l'exquise
Mute Enchantée". Ces immortels ne veulent pas gaspiller leurs cadeaux:
241
— " ne soyez pas glouton " vous diraient les puissants. Alors pour ne pas être vorace, avouons que le mariage est le triomphe final de la femme.
LA BEAUTÉ DAIGNE La façon de triompher, ou de s'assurrer le triomphe, varie selon le pays. En France, contrée de filles délicieuses, Monsieur est incapable de vivre seul. Chaque enchanteresse n'a qu'à choisir un des quelques partis éligibles qui sont déjà à ses jolis pieds ; et puisqu'il y a plus de femmes que d'hommes, tous les garçons pensent se ranger. Les moqueurs parlent dç " la chasse à l'homme"; ils félicitent même la jeune fille à marier qui est en train de rendre heureux le soupirant choisi. C'est à ce dernier que l'on devrait faire ses félicitations et ses compliments. C'est lui qui a de la chance.
On regrette vivement que les femmes françaises surpassent en nombre les hommes, que tant de belles filles soient destinées
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à rester de lis'7. Cruauté raffinée; métier peu digne d'envie. Vraiment, le mahométisme, qui permet à ses disciples quatre épouses, mérite la considéra- tion. Celui qui jure par le Prophète ne manque pas de cueillir les fines fleurs de l'humanité féminine. Par conséquent, Fatima, voluptueuse et fascinatrice, ne languit jamais. Chaque Mustapha remplit son harem.
En Angleterre on discute beaucoup la "chasse à l'homme", et avec ironie... " My dear, shes canght a man? And at her âge! Just fancyf..." C'est méchant de parler ainsi, car, n'importe l'âge de l'heureuse nommée, elle a, tout probablement, d'excellentes qualités. "La beauté n'est qu'à la surface, 6 vieilles filles désappointées..."
L'ÉCHANTILLONNAGE GALLOIS
Chaque contrée a ses méthodes matrimoniales. Au pays de Galles, le home de M, Lloyd George, les paysannes acceptent très volontiers une proposition curieuse et pratique... "Tu me plais", dit David ou Evan, à la bien-aimée, "mais je ne veux pas t'épouser sans t'essayer " . . . A la fin de quelques semaines les jeunes gens sont en mesure de savoir s'ils ont des affinités, ou non. Le Bon Dieu ayant ordonné que Fessai a réussi, le prêtre prononce la bénédiction nuptiale — et l'épouse a vraiment triomphé. Si, au contraire, le duo d'amour a été interrompu par la discorde, le couple mal assorti brise la chaîne temporaire. Bien que les Gallois soient excessivement pieux, ils sont, surtout, judicieux...
♦
Aux Indes Orientales, il existe une race qui n'est ni anglaise ni indienne, et qui est classée officiellement de half -caste. Ces pauvres pariahs sont sans cerveau, mais cela n'empêche pas les pensées d'un ménage à deux. Se marier, c'est l'idée fixe de Mademoiselle ; elle rêve au beau projet et aux petits qu'elle mettra au monde. Monsieur l'élu n'est pas disposé à lui faire plaisir; il ne sait pas gagner son pain, et il n'a que dix-huit ans. Néamoins Zilla
insiste , en forçant sa supplication par des larmes abondantes et des caresses longues et ardentes. Le jeune homme capitule 5 la fiancée triomphe.
UN CUPIDON AU VENT
En Hollande les moulins à vent assistent aux fiançailles, ils jouent le rôle de Cupidon. Les filles éperdues d'amour se placent au-dessous des ailes et demandent (au nom de Vénus) que le vent, qui frappe les voiles, leur fassent savoir à qui elles doivent confier leur cœur... "Vous me dites que le brave Anton a un béguin pour moi ! 11 est le coq du village et un mynheer sans pareil ? Il a du charme et des biens ! Je céderai un peu !.." La câline le fait, tout modestement, et les cloches sonnent joyeusement. Triomphe complet de la petite Flamande.
Les descendantes des Hollandais qui habitent le veldt de Sud-Afrique sont plutôt calculatrices que romantiques. La fille de la vrow, musculeuse et déterminée, après s'être renseignée, courtise un fermier. Le Boer est flatté ; il perd la tête — et la liberté.
C'est ainsi, donc, que les femmes (que Dieu les bénisse) sont triom- phantes partout. Oui, par Eros !
George Cecil.
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Velours et Lamé
Oela est singulier , les velours rouges ou bien grenat , cou- leur de rubis ou couleur de sang, ainsi que les damas d'or où semblent être tissés dans l'étoffe des soleils qui auraient lui il y a nombre d'années, sur l'Adriatique, des soleils anciens et comme ternis, le toucher de ces étoffes éveille en moi des impressions datant probablement d'une autre vie plus brillante que celle-ci, où fêtais sans doute magnifique- ment vêtu: doge ou condottiere; je penche pour condottiere.
245
Une âme violente et jalouse regrette en moi, habitante d'un corps trop soigneux de sa conservation, une enveloppe plus cavalière d'où elle dut être expulsée brutalement par la pointe d'une épée; puis on jeta le cadavre à la lagune tandis que l'âme, après un petit séjour dans le néant, devait m'être octroyée pour une nouvelle incarnation.
Voilà pourquoi j'ai des souvenirs, vagues mais étincelants, d'éclairs d'épées jaillissant soudain dans l'obscurité ; voilà pourquoi je me retrouve, de nuit, dans l'ombre portée par
les balcons sur le sol ; je sens même sur mon visage le petit souffle de ces nuits-là . . . Entreprises de vengeance ?. . d'amour ?. . Plût au ciel que je ne me fusse jamais livré à de moins avouables embuscades ...
Dieu sait les crimes que j'ai bien pu commettre, dans ces conditions, durant mon existence soldatesque dont j'ai été remis sur terre, certainement, pour expier dans les pacifiques travaux du journalisme de modes, les péchés, car il faut que tout se paye.
Si vous voulez mon sentiment, cette
seconde incarnation est loin de valoir
la première : Fépoque, d'abord,
qui a perdu la grandeur, où tout
est rapetissé, rétréci,
notamment la morale.
246
Il n'y a moyen de rien faire. On traque l'individualiste et on l'empêche d'accomplir de grandes choses.
Quand les poignards et les épées se promenaient dans la rue au côté des passants, il y avait du mérite à aborder un homme, à désirer une femme. C'est alors qu'il fallait avoir l'œil clair, le geste prompt. Le danger aiguisait l'esprit comme il déliait la main ; la vie n'a pas retrouvé depuis cette saveur drue, cette volupté rapide qui en faisaient le prix.
H-7
Et je me retrouve après cela en petit veston de teinte sobre, moi qui lis encore dans mon compatriote Casanova la description de nos riches habite de velours brodé d'or; comment voulez -vous que je ne regrette pas le temps où j'étais peut-être spadassin à gages, mais armé d'une rapière au lieu du chétif porte-plume dont je signe:
Vaudreuil.
248
*:
IJn soulier de femme, et brillant, achevé, net, poli, dessinant de la pointe du pied à la base du talon une ligne cambrée souverainement où doit se poser sans la faire plier, sur cette voûte, le poids du corps d'une jolie femme, c'est le plus délicat objet qu'il soit donné à un homme de tenir dans ses mains.
Comment ne pas aimer pour eux-mêmes de véritables
249
bijoux où la pureté de la ligne longtemps cherchée, obtenue à coups d'épurés, fait ressortir la richesse des matériaux employés , qui à leur tour suivent harmo- nieusement dans ses ondu- lations subtiles la courbe minutieusement calculée ? Un bottier existe, qui possède les secrets des fées et la clientèle des fées, sans préjudice de celle des Amé- ricaines et des plus élégan- tes parmi nos belles amies, car la clientèle des fées, c'est très joli, mais il faut
DAGOBERT Soulier de cour al-
ant avec une robe de caractère. C'est
n lamé patiné et un chevreau vieil or.
GITANE -Sou de visite en antik incrustée de ban de vernis noir,c une bande se bat sur le desti
250
TRIBOU LET Mule de forme très allongée. Une corde- lière lâche en tresse d'or passe sans le ser- rer autour du pied.
OULE de NEIGE ntièrement de sa- h blanc ; incrusté ! petits brillants ; i boule de strass uant sur le pied.
songer au solide. Il tient de l'orfèvre pour le caractère précieux de ses créations, du potier pour l'élégance de leur forme. On se demande même s'il n'est pas autant potier que bottier.
C'est Pérugia. Il modèle de ses ingénieuses mains des souliers qui ont la légèreté palpitante de l'oiseau, la blancheur du cygne — et où l'Amour dans un tout petit espace de satin rose se blot- tit.. . "À l'Amour bottier " voilà quelle devrait être l'enseigne de sa maison.
251
N E M RO D
O U
LE DEPART POUR LA CHASSE
Costume de chasse, de Larse
N
252
DESCRIPTION ET EXPLICATION
DES PLANCHES HORS-TEXTE
ET
PAGES DE CROQUIS
M
PLANCHES HORS -TEXTE
Planche 56. — Deux chapeaux, de Camille Roger, l'un en velours écaille blonde garni d'un canard de même couleur ; l'autre , en velours également, à voilette, et portant une pomme de pin en ruban.
Pl. 57. — Costumes veston, de Larsen.
Pl. 58. — Le manteau à col-écharpe de kolinsky est de Martial et Armand. Une demi-cape lui donne son aspect assymétrique. La redingote, velours au col et aux parements, est de Lus et Befve.
Pl. 59. — Une robe du soir, de Paul Poiret, en velours noir et col de skungs.
255
Pl. 60. — De Worth, deux robes pour le soir: l'une en crêpe georgette noir perlé posé sur un fourreau lamé d'or; l'autre, drapée, en lamé d'or, ceinture de pierreries et ruban de taffetas rose.
Pl. 61. - Une robe, et un manteau d'enfant, de Jeanne Lanvin. La robe est en crêpe de chine, avec manteau en lainage, l'une et l'autre incrustés et brodés noir et blanc. L'enfant porte un manteau en velours de coton bordé de blanc.
Pl. 62. — Une robe, de Madeleine Vionnet.
Pl. 63. — De Béer, une robe d'après-midi, en crêpe; col, manchet- tes et ceinture en mousseline ornée de dentelle d'or.
RECTO DES PAGES DE CROQUIS
CONTENUES DANS CE FASCICULE (Modèles de LA GAZETTE)
Ces huit croquis font voir le parti que la mode peut tirer des figures géométriques. Robes d'après-midi, robes du soir et manteaux , chacun de nos dessins s'inspire d'un parti pris linéaire communiquant au modèle la sûre élégance des lignes élémentaires: bandes, pointes, festons, triangles, courbes et chevrons.
254
VERSO DES PAGES DE CROQUIS
(Modèles de LA GAZETTE)
N° I. Cravates de chasse. — Fig. i, la cravate est serrée autour du cou au moyen d'un ruban qui passe dans une boutonnière et vient se nouer sur la cravate. — 2, cravate plissée. — 3, cravate en fourrure retenue par une bague. — 4, composée de deux pièces : une pièce autour du cou destinée à attacher par son milieu la cravate proprement dite.
N° II. Bracelets et bracelets-montres. Cette page est inspirée par les cordages et les nœuds usités dans la marine. Tous ces modèles sont conçus pour être exécutés en or. — Fig. 1 , bracelet-boîte à poudre en corde d'or combinée avec le ruban. — 2 et 3, bracelets -montre. — 4, 5 et 6, bracelets faits de cordes d'or, nouées, retenant et entrelaçant des pierres noires ou rouge foncé.
N° III. Le sac a main. — Fig. 1, ceinture aumonière à porter sur une robe-rnanteau ; daim noir ; monogramme rubis et brillants. —
2, sac rond, en cuir, extra-plat; on peut le tenir par le gland. —
3, bourse en cuir souple, lanière et gland en cuir, — 4, sac en phoque plissé dans le haut, fermoir gaîné, poches sur le côté. — 5, sac de moire noire liseré d'argent, bracelet en argent.
N° IV. Briquets- automatiques. — Fig. 1 , briquet de gousset en or, ornement en émail cloisonné. — 2 et 3, argent niellé. — 4, or. — 5, bronze incrusté d'or ; les têtes sont d'émail. — 6, extra-plat ; émail; cadre et ornement en or incrusté.
N° V. Parapluies. — Manches et bouts de parapluies , en bois, inspirés de l'art nègre, océanien, incas. Fétiches, objets usuels, sculp- tures de toutes sortes peuvent servir à imaginer de très curieux manches, gros, bien en main et très originaux.
255
N° VI, Peignes. — Modèles influencés par l'art russe, et parti- culièrement par ces peignes que les paysans russes du Nord travaillaient au couteau dans les défenses des morses. A exécuter en nacre et en ivoire.
N° VIL Les gants. — Fig. 1, gant en peau retenu deux fois, au poignet, par des cordelières. -—2, gant à crispin, monogramme sur le dos de la main. — 5, liserés de peau d'une autre couleur dépassant sur un gant de peau. — 4 et 5, forme gantelet d'armure. — 6, revers d'une autre couleur, retournant sur le gant. — 7, gant à crevés.
N° VIII. Liseuses et bonnets. — Fig. 1, bonnet de nuit étoile, en dentelle au crochet, deux plissés de lingerie au bord. — 2, bonnet du matin en batiste festonnée ; le bord forme cocarde; au centre, petite cocarde ; bride de ruban. — 3, liseuse en batiste de fil entièrement plissée bordée valenciennes tuyautée. — 4, bonnet batiste bordé d'un feston ; la bande du dessus de la tête est repliée et se retourne sur elle- même' - 5, tête de lit Louis XIII en batiste tuyautée non empesée.
#
256
LES CINQ SENS LE GOUT
CHAPEAUX, DE CAMILLE ROGER
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 56
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NEUF HEURES... IL FAUT QUE JE RENTRE DINER
COSTUMES VESTON, DE LARSEN
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 57
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"ON SE REVERRA, J'ESPERE...
MANTEAU, DE MARTIAL ET ARMAND. REDINGOTE, DE LUS ET REFVE
N° 8 de la Gazette
Année 1922. — Plandie 58
LA BELLE AFFLIGÉE
ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 59
VESPER
ROBES DU SOIR, DE WORTH
N° 8 de La Gazette
Année 1922, *- Planche 60
L'ENFANT
ROBE, ET MANTEAU
N° 8 de la Gazette
NADE
ANNE LANVIN
Année 1922. — Plandie 61
UNE ROBE DE MADELEINE VIONNET
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 62
LA PROMENEUSE MÉLANCOLIQUE^
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE BEER
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Iti
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Planche 63
^^m^t
N° 8 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° I
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° II
B R A C E L E T S ET BRACELETS-MO N T R E S
ni il il iiiiniii iiiiiii i iiiiiwmBmiBimninBMiimmii i ■ rrnr-iirnmni imiii w
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N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N" III
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N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° IV
BRIQUETS
UTOMATIQUES
F/ a. 7
Fi g. (9.
F/g. 2
FJg.3
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F7g.Jf
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jV° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N" V
M AN C H E S
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PARAPLUIES
JV° S de La Gazette
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Année 1922. — Croquis N° VI
PEIGNES EN NACRE ET IVOIRE
N° 8 de La Gazette
Année 1922. — Croquis N° VII
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G A N T S
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N°8deLa Gazette
Année 1922. — Croquis N° VIII
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LES ROBES ASYMÉTRIQUES
^l/ous allez vous moquer de moi et me taxer de pédantisme. Mais tant pis, il faut que je vous le dise : votre robe me rappelle un passage de Xénophon, dans ses " Économiques ". Voilà, je l'avais bien prédit, vous trouvez que c'est ridicule et que pour trouver un rapport entre vos robes et les Economiques, il faut vraiment n'avoir jamais jeté les yeux sur une facture de votre couturier. C'est votre faute, aussi! Pourquoi vous plaisez -vous à jeter dans votre costume un défi aux traditions* sacro-saintes de l'esthétique ? Mon Xénophon n'était pas seulement un brillant officier de cavalerie, c'était un homme de sens, qui avait des idées sur l'art, peut-être même sur la mode. Son goût vous paraîtra peut-être assez pompier : de son temps, le grand chic était de s'habiller à la
257
Copyright November 1922, by Lucien Vogel, Paris.
Raymond Duncan, ce qui est terrible- ment vieux jeu. Pour ce qui est de l'art, il faisait grand cas de Tordre et de la régularité , prétendant que "les objets paraissent beaux quand ils sont disposés avec symétrie". C'était sa marotte ; il n'avait que ce mot à la bouche. "La belle chose à voir, s'écriait-il, que des chaussures bien rangées selon leur espèce ! La belle chose que des couver- tures ! La belle chose que des vases d'airain! Labelle chose que des casseroles rangées avec intelligence et symétrie". Votre robe et ses manches contra- dictoires, celle-ci ajustée, celle-là
" kimono ", l'une qui dit blanc, l'autre qui dit noir, eussent étonné ce militaire.
De nos jours, le culte de la symétrie ne se ren- contre plus que dans le cœur ingénu des capi- taines d'habillement. Pour mieux dire,la notion de symétrie a changé de caractère. Ce que nous entendons aujourd'hui par symétrie, ce n'est plus, comme jadis, si vous
258 .
me passez ce vocabulaire bien abstrait, l'exacte balance d'un motif donné de chaque côté d'un axe médian. La symétrie que nous aimons se nommerait mieux "équilibre". Ses lois sont plus mystérieuses. Plus de "pendants "mais un jeu compliqué d'échos et de "corres- pondances". Les lignes, les couleurs et les volumes ne se répètent plus, ils se "répondent" dans une ténébreuse et profonde unité.
Nul arbitraire : l'arbitraire est le contraire de l'art. Mais une sorte d'ordre intérieur qui ne se livre pas du premier coup et qu'il faut découvrir
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par un effort conjugué de la raison et de la bonne volonté.
L'art d'aujourd'hui est plein de coquetterie. Il est taquin, il est cachot- tier. Il ne donne plus le plaisir gratuitement, mais comme, en quelque manière, une prime d'assiduité. Les artistes s'ingénient à mettre en lieu sûr le sens de leur œuvre et lui construisent un abri bétonné. Pour
259
trouver ce que veut dire un poème moderne, il faut travailler, prendre de la peine, creuser, creuser sans cesse. Et quand on a bien creusé, on ne trouve rien. Seulement, dame ! ce rien là, c'est quelque chose !
Je m'égare, mais ne me jugez pas chimérique si je cherche à découper dans votre robe une philosophie de l'art. Songez plutôt à ce que serait l'entreprise inverse : de tailler une robe dans de la philosophie. On n'en était pas loin, il y a deux ans et l'on y reviendra peut-être. Les dis-
ciples de Diogène ^^k^1 s'habillaient ex-
clusivement de Si nous lancions vous irait à mer-
trous et dedignité. cette mode, qui veille ?
G. A.Masson.
260
/3H**u.
COQUETTERIE FÉMININE
MÉTHODES MALAISES f\® parle de " l'éternel féminin7'; mais l'éternelle coquetterie est encore ^^ plus répandue. Les descendantes d'Astarté, de la Reine de Saba, d'Isolde, de la Reine Elizabeth d'Angleterre, de Madame de Montespan et de la séduisante Lola Montez (dont les brillants attraits faisaient les délices de Napoléon III) ne négligent jamais de s'embellir/ Peu importe le pays, la chaleur ou le froid, ces dames ne demandent pas mieux que d'augmenter leur beauté naturelle. Et très souvent les artifices dont elles se servent demandent un grand effort d'imagination, surtout en Orient.
Dans la péninsule malaise, par exemple, la comédienne tâche de se donner un teint européen... "Loin de moi le jaune", dit-elle à sa petite glace, qui, n'étant qu'à moitié étamée, est très trompeuse. "Pour épater le directeur, qui m'a promis — sur les tombeaux de ses ancêtres jaunes — de m'accorder sa protection, il me faut absolument une couleur de roses et d'ivoire ! . ." La blancheur liquide sort d'un joli pot nacré, le fluide
261
T^T-Rrr^rarN]
rosé d'un autre. La sauvage imagi- native exagère le blanc et le rouge, car elle n'est pas capable de trouver le juste milieu. Quand le directeur fidèle à sa parole approche la divinité pour lui prouver la protection pro- mise, elle prie Monsieur de se " méfier de la peinture "... La taquine . . .
Les lèvres de Mademoiselle sont couleur de sang, et la pom- made est mélangée avec un peu de sucre. " Tu cKhai la bocca dolce pin del miele " disait Don Juan (selon Da Ponte) à un de ses nombreux flirts. Le Don Juan malais est également partisan du sucre de la vie . . .
TOUJOURS DES FLEURS Les jeunes filles à marier de la Birmanie ne favorisent pas le maquillage. ' Les brunes sont si chic " dit un proverbe de l'Orient ; et les indigènes n'osent pas modifier ce dicton inspiré par l'originalité de l'Est. Conséquem- ment, Ma Chit est contente de poser derrière sa petite oreille une fleur exotique et gigantesque, et de porter dans sa main bien modelée, un lotus.
Si la belle veut paraître très virginale, pour mieux faire la conquête d'un riche voluptueux, elle cache ses tresses d'ébène sous une cascade de ces fleurs saintes. Les dames qui, pour gagner leur pain, accueillent les messieurs qui n'ont pas été formellement présentés, font parade de rubis magnifiques — mais très mal montés ..." Tiens. Elle est bien garnie : il faut être généreux ". . . Telle est la pensée de ^^-^ l'admirateur d'occasion ; quoique les
2b2
roupies lui soient très précieuses, il sait jouer le rôle de parfait gentil- homme malais. Un véritable homme du monde . . .
Les femmes de Ceylan, île em- baumée, île d'enchantement, croient à l'efficacité de l'huile de coco pour inspirer le désir. Non seulement comme onguent pour les cheveux, qui sont littéralement imprégnés de ce produit oléagineux. De la tête jusqu'aux pieds, la charmeuse au teint de chocolat s'en sature ; et son amant de cœur proclame que l'huile de coco est plus attrayante que les bijoux d'une couronne. Embellissement à bon marché ; pour se rendre irrésistible, la bien-aimée n'a qu'à dépenser quelques petits sous. En Europe, augmenter la beauté est chose plus onéreuse.
La Ceylanaise enjolilée a un autre béguin : le peigne, qui est d'une immense hauteur. L'obligeante tortue de son pays natal donne — bon gré malgré — beaucoup d'écaillé ; l'adroit artisan façonne des peignes à merveille. Le plus blasé "mangeur de femmes" succombe devant ce chef-d'œuvre.
LOBES ALLONGÉS
A l'Est de l'Afrique, on voit des modes et des bijoux extrêmement curieux. Dans la région peu connue où les sauvages gloutons font en- graisser les bons missionnaires avant de les manger, la plus belle est celle qui a les lobes d'oreilles les plus allongés et la jupe (d'herbe) la plus courte. La pimpante africaine attache à ses oreilles de formidables poids afin que les lobes soient entraînés en
\ ?/
-•65
bas ; et si quelque Nélusko trouve la robe d'une Sélika trop longue — quoi- qu'elle se termine tout brusquement aux cuisses — la docile jeune barbare l'abrège encore. Personne au monde n'est plus complaisant que Mademoiselle Sélika.
♦
O Ul- E D
L'écrin de la féroce enchanteresse est rempli de colliers et de bracelets innombrables ; car ils sont la dot avec laquelle attraper le fils d'un chef de
clan. Au lieu des pierres précieuses, la dotée se sert des dents humaines . . . Ces pauvres missionnaires . . .
LES YEUX INDIENS La nature libérale a doué l'Indienne d'yeux délicieusement larges et limpides. Néanmoins, Moti salit les paupières, en haut et en bas, avec du kohl, espèce de graisse noire. Maquillés ainsi, les clignements d'yeux de Moti ravissent les sens du Rajah. Une toute petite œillade et le Potentat — son âme troublée — donne à la séductrice une bague de narine ou un joli châle de Dacca. La toute belle enveloppe sa gracieuse silhouette de la fine mousseline tramée d'or, et fait trembler ses jambes. Les seins se mettent en mouvement ; les corps, bien souple, s'incline ; les mains délicates caressent la volumineuse barbe du Rajah. Con- quête de son Altesse, triomphe de la coquetterie indienne. ♦ ♦
Les Fatimas turques ont mis à l'étude l'art de séduire l'homme ; pour lui faire plaisir elles s'engraissent. Les Ouled-Naïl de l'Egypte se font maigrir en dansant continuellement . . .
George Cecil.
264
LES
CHAPEAUX PLIANTS
J^e moment où j'aime le plus les chapeaux des femmes, c'est quand elles les enlèvent — les robes aussi ; la tête que je trouve qu'ils coiffent avec le plus d'inexprimable grâce, c'est une tête de Napoléon, en plâtre, qui est sur une cheminée, chez moi.
Ce n'est pas que je né puisse traiter avec compétence et gravité des choses de la Mode : ainsi de ces chapeaux qui se plient, dont j'ai mission aujourd'hui de dire ce que c'est. Très simple, vous allez voir : Tout le monde sait faire les cocottes en papier (vous pliez une feuille en quatre, vous rabattez
265
Le même chapeau, en peau de daim, auquel la façon dont son bord est roulé ou rabattu donne ces quatre différents aspects.
les coins, vous faites ensuite je ne sais quoi, et cela vous donne une cocotte, puis un petit bateau . . .)
Les chapeaux pliants ne sont pas inspirés d'un autre principe, seule- ment vous obtenez soit un casque, soit un tricorne ou un bonnet.
Très supérieur, en comparti- ment, à n'importe quel compagnon
266
>*$
de voyage. Toute seule, vous ne
vous ennuyez pas une minute : vous
vous amusez à n'avoir pas le même
chapeau à toutes les stations pour
dire puérilement bonjour par la
portière à Orléans, Marseille et
Nice-Terminus, où je vous quitte,
au bout, vous de votre voyage, moi
de mon article. T7
Vaudreuil.
Chapeau pliant en taffetas coulissé, transformable, retroussé ou baissé, ou bien relevé et serré du haut comme un bonnet
267
LA CITROËN ET LES SPORTS
LE GOLF
10 HP. TORPÉDO-LUXE
268
POUR MONSIEUR
Cantine en argent incrusté d'onyx. Porte montre en onyx.
cui/Um
CANTINES D'AUTO
J A plus fragile main de chair (et la plus charmante aussi) —
qui n'est, d'ailleurs, paraît-il, qu'assemblage provisoire de
cent millions de cellules nerveuses fort peu intéressantes par
269
Cantine en galuchat gris ; gland japonais en soie bleue. Intérieur doublé en soie bleue et cuir blanc bordé bleu. Trousse en argent, ivoire et cristal.
270
elles-mêmes — frottée d'une seule goutte d'essence, mais produite par la macération de tout un jardin de roses, portant au doigt, sur un fil d'un métal blanc : le platine, cent mille tonnes de charbon de terre résolues au bout de cinq fois mille ans sous la forme d'un petit diamant aussi beau qu'une goutte d'eau . . . c'est un peu pour que cette main puisse caresser l'ivoire, l'écaillé, l'ébène, l'onyx et le galuchat, que Dieu mit, là où il vit, le monstre pachyderme ; sur les grèves baignées d'écume, je suppose, la tortue géante ; dans la forêt équatoriale, sauf erreur, le bois noir, dur, inattaquable ; et je ne sais, de vrai, en quels lieux, la pierre colorée comparable à l'agathe, et l'animal, dont j'ignore le nom, donnant ce cuir verdâtre et bigarré qui ressemble, plus fin cependant, à la peau du crocodile.
Vous n'allez pas chercher si loin, emportée dans votre auto . . . Autour de votre cou : la peau écorchée d'un animal sauvage ; au-dessus de votre tête : le plumage arraché d'un oiseau ; à portée de votre main : ce petit nécessaire : votre cantine, cet élégant cimetière où l'on peut voir, rangées avec ordre comme dans un musée, diverses curiosités de l'Histoire Naturelle. Celio.
POUR
MADAME
Cantine en ébène. Monture argent avec filet en émail bleu.
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NOLHAC
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ARMORIAL DES ÉCRIVAINS FRAN
ÇAIS-DE QUELQUES ACADÉMICIENS BIEN CHOISIS
QUE le dernier venu passe le premier ! Voici Monsieur de Nolhac qui gouverne les musées de Versailles, qui est le gardien des plus nobles mémoires, qui écrit l'histoire avec abondance et qui est légitimement de l'Académie Française. Sa famille, en Auvergne et en Bourbonais, porte " d'azur à la nef antique d'or sur un flot d'argent." Avant d'arriver aux premiers honneurs de la littérature officielle, la maison de Nolhac occupa un rang très élevé dans la confiserie a Vichy. Il y a une trentaine d'années, un Monsieur de Nolhac faisait sur le vieux-parc d'excellents sucres d'orge avec d'autres douceurs. Sans déroger, il inscrivait ses armoiries sur des boîtes élégantes. Sa maison a disparu vers 1 900 : cent ans civière ; cent ans bannière !
♦
Auvergnat aussi, était le baron de Barante et même de Thiers, la ville où se font les meilleurs rasoirs du pays de France. Baron de l'Empire, pair de la Restauration, Académicien en 1828, Barante était né Brugières et prétendait remonter à Jean Brugières, marchand puis receveur des Cens, brûlé vif à Issoire en 1526 au titre d'hérétique. L'académicien a laissé
275
des livres célèbres que personne ne lit : son Histoire des ducs de Bourgogne a le style et l'agrément d'un feuilleton de la bonne époque.
Cette famille a changé quatre ou cinq fois d'armoiries. Nous reproduisons les plus ancien- nes qui sont aussi les plus modestes.
L'empire avait donné au futur légitimiste un règlement neuf d'armoiries " d'azur à la croix pattée d'argent, à la Champagne de gueules."
Les Brugières, avec ou sans Barante, ne peuvent pas être rattachés à l'ancienne famille Brugier, de St~Flour.
Thiers et St-Flour? ce serait trop ! . . .
BARANTE
La maison Cléron d'Haussonville sortit de l'ancienne chevalerie de Lor- raine n'ayant donné aux belles lettres qu'un grand louvetier de France, mais ayant pris femme dans la famille de Broglie. Elle servit aussi l'Em- pire avant d'être servie par la Restauration. Le premier académicien, car ils furent deux, était le fils du comte de l'Empire, chambellan de Napoléon, qui passa au service de la Restauration avec le titre de comte-pair héré- ditaire et mille avantages.
Le second académicien, marié à une d'Har- court-Olonde, appartenait à ce groupe du Grand Salon, dont il est plus facile de citer les titres héraldiques que les titres littéraires.
Les Haussonville aspirent à une parenté avec S* -Bernard et portent les armes réglées sous la Restauration " de gueules à la croix d'argent, accompagnée de 4 croix tréflées du même. Sur le tout, de gueules chargé de 5 saffres (aigles de mer) d'argent posées en sautoir." Notre dessin donne un écu plus ancien.
HAUSSONVILLE
274
Tous les académiciens n'ont pas servi les régimes successifs ; en voici un qui ne se prêta pas à deux maîtres : Bonald était du Rouergue, où sa famille établit sa filiation depuis 1597. Ce puissant génie enraciné dans la tradition avait ébloui l'Empereur, son adversaire , au point que Napoléon lui offrit le gouvernement du Roi de Rome. Bonald refusa et attendit le retour de son roi. Vicomte par ordonnance de 1825, il fut créé baron-pair sur institution de majorât en 1824. Il entra à l'Académie Française en 1850, laissant parmi ses fils un prêtre, qui devint cardinal- archevêque de Lyon. Ce digne prince de l'Église puisait ses mandements dans l'œuvre de son
père, ce qui faisait dire aux Lyonnais, pieux mais malins : " Gloria patri ! " Les armes anciennes des Bonald sont " d'azur à l'aigle éployée d'or."
La Restauration les modifia ainsi: écartelé; au 1 et 4 d'azur à l'aigle d'or;
au 2 et 5 d'or au griffon de gueules.
BONALD
Après l'ultramontain, on passe au chef du parti catholique libéral, Mon- talembert, membre héréditaire de la Pairie en 1855, membre de l'Acadé- mie en 1851. Il était né à Stannor en 1810. Son auteur, marié à une Demoiselle Forbes, était entré comme cornette dans l'armée anglaise, y était parvenu au grade de colonel en 1811, avait gardé les mêmes galons français en 1814 et avait reçu les honneurs de la pairie en 1819.
L'académicien appartenait à une ancienne famille de chevalerie du Poitou qui, du treizième au vingtième siècle, a donné quinze branches avec beaucoup de rameaux. Tous portent u d'ar- gent à la croix ancrée de sable."
♦
Monsieur de Fontanes ne se piquait d'unité ni dans la vie, ni dans les croyances. Il voulait simplement appartenir à une famille d'Alais, passée en Suisse, après les guerres de religion.
275
MQNTALEMBERT
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FONTANES
comme protestante. Il était de foi tiède et inopé- rante quand il devint comte de l'Empire en i 808. Il afficha du catholicisme quand une Ordonnance royale de 1817 l'eut fait marquis. Son existence s'est employée à écrire, et à collectionner les titres et les qualités : Membre de l'Institut, Président du Corps Législatif, Grand-Maître de l'Université, membre du Conseil privé. Il mou- rut en 1821 et fut vite oublié sous une pierre tombale, parée du fier écu de "sable à la fon- taine d'argent ^ au chef d'or chargé de trois pommes de pin d'azur."
♦
Après ces morts, très morts, voici venir le plus vivant des académiciens, journaliste, romancier, auteur dramatique, gentilhomme normand fixé dans la Lozère.
Monsieur Ango de la Motte -Ango, marquis de Fiers, prend les origines de sa famille dans Argentan où les Seigneuries de la Motte et de Lezeau furent érigées en un seul marquisat la dernière année du dix-septième siècle pour Nicolas Ango. En 1717, la branche aînée a relevé le titre de marquis de Fiers, après une alliance avec l'héritière des Pellevé-Flers, ce qui a été confirmé le 14 Juillet 1862 par Napoléon III.
Tels sont les délicats échantillons des émaux académiques. Un armoriai de l'Académie Fran- çaise formerait un gros volume, et les volumes ne doivent jamais être gros. Il faudrait une bibliothèque pour étaler les généalogies et pein- dre les armes de Messieurs les membres de l'In- stitut. Au surplus ils sont tous gentilshommes puisqu'ils portent l'épée — l'inoffensive épée, qui présente le seul danger de les aider à choir, quand ils succombent sous la gloire et sous les ans.
Jean de Bonnefon.
FLERS
276
De gauche à droite: Cassia Amara et velours noir ; petites fleurs de bois sculptées et laquées; chapeau en taffetas et copeaux de chêne d'Amérique.
B
DANS
L E
O I s
LA MODE
A matière demeure et la forme se perd. Ainsi , les forêts coupées qui descen- dirent toutes seules jus- qu'aux scieries par le fil d'un fleuve d'Amérique, on en retrouverait peut-être un
277
Souliers à ta- lons, bouts de pied et boucles, en bois sculpté.
Au-dessus et à droite: Torsade, bracelets et peignes, en éhène.
petit morceau d'une des bûches sur votre pied charmant, maintenant qu'on taille dans les bois précieux des boucles de soulier.
Tout dans la nature entre dans tout; elle n'est diverse qu'en apparence et envisagée avec la débilité de notre entendement. Les créatrices de la mode sentent confusément cela, que l'obsti- nation de leurs recherches conduisent
278
par rimagiïiation à la philosophie ; et qui feront entrer demain, si on les en défie, dans une robe du soir, l'acier étiré, si beau, et le platine ductile ; et placent aujourd'hui, avec une simplicité, une fraîcheur d'inspiration dignes des pre- miers âges, sur un chapeau de velours, ces grappes de cassia-amara, tisane vendue quinze sous le quart dans un petit sac blanc, chez le beau premier herboriste.
Caylus.
En haut: Bra- celets 'et peigne en bois de rose. A gauche: Bois d'amaranthe découpé et ap- pliqué sur cuir.
Gros boutons sculptés, en bois ; et franges de bois à la robe et au chapeau.
LA SOIRÉE AU THÉÂTRE
HABIT DE COULEUR, SMOKING ET CAPE"PRIOLA", DE LARSEN
280
DESCRIPTION ET EXPLICATION
DES PLANCHES HORS-TEXTE
ET
PAGES DE CROQUIS
*
PLANCHES HORS-TEXTE
PLANCHE 64. — Une robe et un manteau d'après-midi, de Martial et Armand, faits pour aller ensemble. La robe est un broché blanc et argent sur fond de velours noir ; la tunique > ouverte devant, est bordée de renard noir, Grande cape en velours noir, doublée de loutre.
Pl. 65. — La robe d'après-midi est en crêpe tchina et agnella bri quêté, deux tissus de Rodier. L'infidèle est habillé, par Kriegck, d'une jaquette bordée, pantalon gris, gilet droit du bas.
Pl. 66. — De Béer, une robe du soir dont la jupe est toute de perles teintées sous une dentelle d'argent. Corsage en mousseline brodée de diamants sur un fond d'argent.
281
Pl. 67. — Robe d'après-midi, de Paul Poiret, en crêpe noir et crêpe blanc ; ceinture cordonnet et soie ; franges de soie.
Pl. 68. — Costume veston, et pardessus à revers de velours, de
Lus et Befve.
*
Pl. 69 . — Deux robes de Jeanne Lan vin : l'une en crêpe brodé chenille et argent ; chevrons et cocardes en velours. L'autre, la robe de fillette, en velours noir et crêpe de chine ; boutons d'argent en forme de glands.
Pl. 70. — Un manteau, de Madeleine Vionnet.
Pl. 7 1 . — De Worth , un manteau et une robe d'après-midi en crêpe de chine broché or et argent et garni de fourrure.
RECTO DES PAGES DE CROQUIS
CONTENUES DANS CE FASCICULE (Modèles de LA GAZETTE)
LES MANTEAUX DU SOIR EN FOURRURE COMBINÉE AVEC DES SOIERIES DE BIANCHINI ET FÉRIER.
Dans ces huit croquis de capes et de manteaux pour le soir, on a voulu combiner de toutes les manières les fourrures, les velours, les lamés, les satins. Pour la partie "soierie" de chacun de ces modèles, on s'est inspiré uniquement de tissus de Bianchini, dont les Matelassés modernes, notamment, épais et moelleux, parfois mélangés d'or et d'argent, ajoutent à la richesse des fourrures précieuses.
282
VERSO DES PAGES DE CROQUIS
(Modèles de LA GAZETTE)
N° I. Jarretières et jarretelles. — Fig. 1, Autant de boucles de ruban que de lettres au nom de celle qui les porte (lettres perlées). —
2, ruban élastique noir bordé de strass, boucle de strass. — 3, ruban élastique, fermoir et coulant en argent. — 4, une petite chaînette fine terminée par une médaille s'enroule autour du ruban. — 5, plaque d'identité en or gravé, fixée à la jarretière par deux fils d'or. — 6, petites plaques d'or émaillées fixées à distances régulières sur le ruban élastique. — 7, 8, 9, pour bas de laine, la première jarretière en drap découpé ; la seconde en élastique blanc formant entrelacs sur élastique noir ; la troisième en daim, un élastique noir passant dans les bouton- nières. — 10, jarretière portant une devise, l'autre jarretière peut porter une devise différente, complétant, précisant ou bien contredisant la première. — 11, jarretelle soie et petits diamants. — 12, jarretelle monture or, coulant gravé.
*
N°II. Éventails. — Fig. i, Dentelle d'or. — 2, paradis noir, miroir incrusté dans la monture d'ivoire de l'éventail. — 3, éventail en plumes, chaîne de perles venant s'attacher au bras. — 4, plumes d'autruche, manche caducée d'écaillé renfermant un nécessaire à fermoir. — 5, éventail en plumes de paradis blanc, poignée de jade, cordelière enroulée au centre, en métal, et gland de soie.
*
N° III. Souliers, modèles de pérugia. — Fig. 1 , Soulier de chasse, tige en chevreau, empeigne et contrefort en box-calf acajou, double semelle. — 2, pour monter à cheval, un soulier en chevreau gris. —
3, soulier bas, en crocodile acajou, — 4, soulier en cuir rouge, pour la marche. — 5, pour la marche également, un soulier en cuir jaune et daim blanc.
*
N° IV. Le bouton dans la mode. — Fig. 1, Grand bouton de faïence décorée à la manière des vieilles assiettes ; le bouton se coud par deux trous , le fil passe , comme ferait un lien , sur la tige de la fleur. — 2, fruit de faïence décoré de couleurs vives : vert et rose, par, exemple. — 3, bouton bombé en forme de couvercle de soupière — en faïence décorée. — 4, coque de noix laquée en noir, int/pieur
285
doré. — 5, bouton très gros, unique, en ivoire, formant médaillon ou reliquaire. — 6, dé de cristal, taillé et peint.
*
N° V. Les cannes pour dames. — Fig. i , le manche en or, monté sur une charnière, s'ouvre et contient une éponge imbibée de parfum. — 2, manche en ébène. — 5, canne à musique, en céramique et platine: on appuie sur le bouton et ça vous joue un petit air. — 4, en ivoire. — 5, éléphant lance-parfum monté sur une canne, l'éléphant est en ivoire et or. — 6, manche de canne en argent et émail, s'ouvrant et formant reliquaire. — 7, coquillage en vraie coquille permettant d'entendre, à la campagne, le bruit lointain de la mer. — 8, manche mirliton, en bkmbou, tout enrubanné de ruban de toile cirée.
N° VI. La plume de basse-cour. — Fig. 1 , toque couvrant les oreilles et collier de faisan ; motif de plumes partant du cou. —
2, plumes de coq au cou et au manchon. — 3, peigne avec franges de plumes tombant sur la nuque. — 4, minoche de pintade ou de poule garnissant un col noué et des poignets. — 5, éventail et coiffure en faisan blanc de Chine.
N° VIL Boucles D' oreilles. — Fig. 1, Dieu Civa : le cercle en or, le dieu en corail, le gland en fil de soie. — 2, hippogriffe (art assyrien) or et perles ; un cordonnet de soie tenant à la boucle d'oreille se noue, d'une part, sur le cou, par deux perles réunies par une agrafe, et, d'autre part, retombe, terminé aux deux bouts par une perle. —
3, la Comédie, en corail, et la Tragédie, en jade. — 4, le Soleil de Minuit, en or. — 5, Savastica est un signe cabalistique, porte -bonheur, par conséquent venu des Indes ; en or incrusté de pierres précieuses.
*
N° VIII. La fleur artificielle. — Fig. 1 , signet de livre en ruban, une fleur à chaque extrémité. — 2, en boutons et garnissant l'élastique qui tient le gant. — 3, bracelet de myosotis sur un ruban. —
4, très petites fleurs, ou pétales, entourant la montre et garnissant de chaque côté les soufflets du sac. — 5, coiffure et éventail, en primevères. — 6, un bouquet de violettes de Parme que l'on porte à la main, et qui s'ouvre, contenant une glace et une houppe à poudre. — 7, 8 et 9, fleurs en pompon de souliers ; sur un soulier en lamé d'or, des rubans cousus de boutons d'or.
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LA CAPE ADMIRABLE
ROBE ET MANTEAU, POUR L'APRÈS-MIDI, DE MARTIAL ET ARMAND
V° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 64
"TANT DE CHAGRIN..."
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L'INFIDELE
ROBE D'APRÈS-MIDI, EN CRÊPE TCHINA ET AGNELLA, DE RODIER JAQUETTE BORDÉE, PANTALON, ET GILET, DE KRIEGCK
W° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 65
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Plandie 66
"AU REVOIR, MON AMOUR...
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE PAUL POIRET
n
H° 9 de La Gazette
Année 1922. - Planche 67
DEUX COUPS DE CHAPEAU
COSTUME, ET PARDESSUS, DE LUS ET BEFVE
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 68
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PORTRAIT DE Mme V. R. ET DE SA FILLE
ROBES, DE JEANNE LANVIN
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 69
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UN MANTEAU, DE MADELEINE VIONNET
N° 9 de La Gazette
Année 1922. — Planche 70
SYMPHONIE AUTOMNALE
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MANTEAU, ET ROBE D'APRÈS-MIDI, DE WORTH
N° 9 de La Gazette
Année 1922. - Planche 71
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HERMINE ET VELOURS IMPRI MÉ ET LAMÉ DE MÉTAL
TISSU DE BIANCHINI
N° 9 de La Gazette Année 1922. - Croquis N° I
JARRETIÈRES ET JARRET E L L £
LOUTRE
ET VELOURS IMPRIMÉ
TISSU DE BIANCHINI
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' N° 9 de La Gazette Année 1922. — Croquis N° II
ÉVENTAILS DE PL U M E S , DENTELLES, E T C.
LOUTRE
ET BROCHÉ ET
LAMÉ
TISSU DE B IANCHIN I
N° 9 de La Gazette Année 1922, -Croquis N° III
LE SOULIER
MODÈLES DE P ER U Ç / a
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ZIBELINE
ET MATELASSÉ DE SOIE
TISSU DE BIANCHINI
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N° 9 de La Gazette Année 1922. — Croquis N° IV
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MODE
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HERMINE
ET SATIN LAMÉ
TISSU DE BIANCHINI
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AT 9 de La Gazette Année 1922. — Croquis N" V
LES
CANNES
POUR
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HERMINE
ET MATELASSÉ MODERNE
TISSU DE BIANCHINI
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N° 9 de La Gazette Année 1922. — Croquis N° VI
LA PLUME
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BASSE
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PETIT GRIS
ET SATIN BROCHÉ
TISSU DE BIANCHINI
AT 9 de La Gazette Année 1922. — Croquis N° VU
LES
BOUCLES
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OREILLES
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HERMINE
ET LAMÉ ARGENT ET OR
TISSU DE BIANCHINI
N° 9 de La Gazette Année 1922. - Croquis N° VIII
—
EMPLOIS DE LA FLEUR ARTIFICIELL E
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TA fourrure? Tu es prête?.. Tu es très bien ainsi... Que dis-tu? Un peu d'odeur sur ton manteau? Hâte-toi... Je ne veux pas arriver dans l'encombrement... l'auto ne pourrait plus approcher... C'est entendu, les matches préliminaires ne sont pas très intéressants mais on ne trouvera^^lfaîs vMtfy
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Copyright December 1922, by Lucien Vogel, Paris.
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ses places... Et puis je compte beaucoup sur Musset... Musset deviendra un boxeur excellent... Parmi les jeunes c'est un des plus rapides... Je veux le voir ce soir...
La porte se ferme à l'intérieur du home à la chaleur sèche et mécanique. L'épouse descend les marches tapissées, en ajustant sous la fourrure une " pression ", joi.nture d'une robe arthritique qui se disjoint avec un petit craquement. L'auto, un instant lumineuse, dévale dans la nuit. Un quartier moins connu : un halo signalant l'approche d'un cirque 5 un foule qui ondule. Fête ou meeting ? Jeux ou colère ?.. Quel peuple ! on n'a pas cela au théâtre...
Loges. Fauteuils. Galeries. Des flèches, des écriteaux, des chiffres majuscules, précisent l'anatomie de l'arène. Une canne de verre, suspendue mystérieusement, filtre une lumière décomposée sur le vaisseau carré où les hommes vont s'affronter. Tout autour, la mode a disposé une houle de robes multicolores. Les hommes nus n'ont pas encore paru : alors on regarde les femmes habillées. Elles avancent lentement entre les chaisses, sous l'offensive des yeux et des globes électriques. Les regards jettent des rayons perçants et les lampes à arc bandent des flèches lumineuses sur les corps mous. Les initiées appellent les robes du nom de ceux qui les mirent au monde :
— C'est de chez X... Tout le monde la porte. Tu vois, il y en a au moins trois dans la salle... J'ai bien fait de ne pas la commander. Tandis que mon modèle, cette Salomé triste, on ne la voit pas... '
Monsieur s'assure, en mettant quinze cents ou deux mille créatures dans son iris, qu'il n'y a pas d'autre Salomé triste dans le cirque. Houle plus agitée autour du vaisseau : Deux corps sur le pont quittent les bastingages et s'approchent. Engagements. Bruit mat. Murmures et sifflets. Halètement de la foule qui parfois semble n'avoir qu'un immense poumon pour respirer. Un visage saigne. Un corps souffre, puis s'effondre. Le mauvais cœur de l'arbitre scande dix pulsations. Coup de gong : un vainqueur est né.
— Tu vois là-bas ... au pied de l'estrade, Jeanne . . . Elle a un modèle de chez Amarillis... et à côté d'elle, c'est justement le mannequin de chez Amarillis, mais avec un autre modèle : celui que Marnac porte en ce moment aux Variétés... Une Australienne l'a commandé devant moi... Je la trouve courte de taille... Mais Jeanne peut supporter cela : ses jambes sont...
286
AU CIRQUE DE PARIS MATCH DE NUIT
HABIT, DE LUS ET BEFVE
*87
Le silence coupe les jambes de Jeanne. Les vedettes, par qui les fauteuils sojit à dix louis, paraissent : rose et noir... Des coups. Une danse cruelle et sans mesure. Le noir est inquiet d'abord : il y a tant de blancs dans la salle qu'un coin de son âme tremble encore.. . puis il se rassure et devient plus fort. Les cinémas avalent tous les gestes jusqu'aux miettes. Le blanc s'essoufle, saigne, s'écroule. Le peuple hurle, siffle, trépigne. Le blanc est vaincu.
— Eh bien, ton champion. C'est tout cela ?.. Tiens, à l'angle du ring, près du manager, voilà Marthe la couturière avec son grand duc... Tu sais, maintenant, on devrait nous montrer des mannequins après les boxeurs, des modèles concurrents deux à deux. Du noir et du blanc, du jaune et du mauve, du rouge et du vert, des couleurs qui se heurteraient pour de
bon et feraient hurler.
Gérard Bauër.
La pelisse et le pardessus à col de castor dessinés sur la première page de cet article, ainsi que le mac-farlane ci- contre, sont de Lus et Befve.
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GORGE RETTES
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Cl j'étais maître d'école, je montrerais à mes élèves, au lieu de cartes médiocres et d'oiseux barèmes — je leur montrerais des robes. Je rêve, d'ailleurs, d'écrire un manuel d'éduca- tion civique et un copieux ouvrage où des gravures de modes remplace- raient les développements, un peu longuets, du discours sur l'Histoire Universelle.
Croyez- vous qu'on ne comprendrait
pas mieux qu'avec Monsieur Thiers
l'histoire des Campagnes de l'Empire
et de la Grande Armée sans
cesse en marche à travers
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l'Europe, à regarder ces robes légères, enlevées en un tourne-main et si bien faites pour des militaires toujours un peu pressés ? Et les fichus Louis XVI, où s'inclinent déjà tant de cous charmants et d'adorables nuques, vers la rouge machine? et les robes de 1880, boutonnées jusqu'aux oreilles, cuirassées d'une robuste " tournure'" n'indiquent-elles pas assez une génération qui se recueille après des malheurs ?
Aujourd'hui, on vient me parler gorgerettes. Tout de suite, je pense au romantisme, à tous ces chevelus de 1830 qui compliquaient leur vie comme à plaisir, mettaient sans cesse le Ciel et l'Enfer au travers de leur existence, accumulaient les cas de conscience, enroulaient les jambes délicieuses de leurs amies dans des madapolams empesés, et tendaient sur leur gorge des voiles épais où se piquer les doigts.
Grâce à Dieu, notre siècle a marché et le Progrès n'est pas un vain mot. Les repasseuses ont perdu le secret de l'empois. Si
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nous adoptons derechef les modes d'autrefois, c'est pour les accomoder à nos façons, comme ces petits bahuts du dix-huitième qui cachent les tuyaux d'orgue du radiateur.
Pour défendre un cœur qui veut rester fidèle, point n'est besoin de corsets, de guimpes et de vertugadins. La vertu, toute nue, suffit — et d'ailleurs si par miracle on s'avisait de nous opposer )e ne sais quels obstacles, nous avons appris, pendant quatre ans, à mépriser les défenses accessoires.
Ainsi donc, nous re verrons les gorgerettes, mais faites pour nous, transparentes, floues, aériennes, réduites à rien, parfois à un nœud de velours autour du cou, simple souvenir du passé comme le hausse- col des grand-pères leur rappelait la cuirasse. D'autres glissent sur de blanches épaules, quand une sainte indignation secoue nos chères amies ; les unes sont pudiques et referment leurs ailes légères sur de jeunes poitrines, les autres s'en- trouvrent et nul ne prend ombrage de leurs bâillements ; celles-ci sont
291
strictes et classiques ; celles-là sont ornées de larges nœuds ou fleuries de dentelles ; mais toutes elles se soulèvent au rythme d'un tendre cœur qui bat.
Et si, d'aventure, on nous abandonne une main, rose et nacrée, nous pourrons à loisir admirer avec quel art les dentelles de la manchette s'assortissent à celles du col. De là à étudier de très près la gorgerette, il n'y a qu'un tout petit faux-pas.
Robert Burnand.
292
Sfttftft %
FLACONS
' essence de rose doit être contenue en un cristal limpide
comme l'eau et comme elle incolore , sans ornement. Il
faut donner une impression de fraîcheur faisant penser à la
rose trempant, sur le rebord d'une fenêtre, un matin de
printemps, dans un verre d'eau.
Je voudrais que le flacon dans lequel j'enfermerais l'œillet fort fût strié de raies brunes, jaunes et orangées comme les rayures d'une robe bohémienne ; ou bien je l'habillerais de
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cordelières et de pompons comme une mule espa- gnole ; ou bien je le ferais entrer à force dans une mince armature de fer forgé imitant un balcon. Dans un vase effilé, fragile, que briserait le moindre choc, que ren- verserait le moindre geste, je verserais le lilas. Le lilas est le symbole de l'amour aux premières années de la jeunesse, quand on a de
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SUR MON CŒUR
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TENDREMENT UNIS
CORBEILLE FLEURIE
si beaux élans et quand on répand tant de larmes. Tandis que la violette, au contraire, dans un verre aux proportions pleines de sécurité, re- présenterait l'amitié et, moins haute, reposerait sur des assises moins précaires. Préfère cette dernière qui voudra! Mon cœur et moi, tant qu'il y aura des lilas la violette ne sauraj amais nous séduire.
LA CITROËN ET LES SPORTS
L'AVIATION
10 HP. TORPÉDO-SPORTS^^^^
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FETES DANS LE CIEL
IMPRESSIONS NAPOLITAINES
Voyager en Italie, sans amour, est un grand malheur. Je me souviens avec ennui d'un séjour à Venise que je fis avec le cœur vide: la pluie frappait tristement le felze de ma gondole (Ah ! que l'on est seul dans ces boîtes resserrées/inventées pour rapprocher les amants), tout était gris, couleur d'algue et de limon. Maussade était la lumière sur la lagune, quand l'eau s'irise comme les verreries de Murano, où tremble dans la pâte translucide une goutte d'absinthe prisonnière.
A Naples, je fus plus heureux : Serafina se promenait parmi les ruines de Pompéi et son cicérone nous servit de truchement. Je hais cette engeance affamée, plus redoutable ici qu'ailleurs. Pareils à des termites, les guides surgissent des trous où ils sont embusqués pour accabler le voyageur inoffensif . Leurs commentaires indigestes enlaidissent les plus belles œuvres et gâtent les plus beaux sites.
Les maisons pompéiennes sont fermées : pour faire tomber les chaînes et ouvrir les cadenas qui protègent les peintures ou les mosaïques, il faut apprivoiser chaque gardien. Ils adhèrent aux œuvres d'art comme des limaçons et aggravent les simulacres libertins par des propos dépourvus de gentillesse. Le guide de Donna Serafina était un magnifique spécimen du genre. Je n'ai pas connu le Connétable de lettres, Barbey d'Aurevilly, mais je le recrée à l'image de ce vieux beau : un chapeau morès protégeait des yeux vifs, un nez crochu et de longues moustaches teintes ; la tige des bottines était du gris le plus suave, gris aussi le pantalon à ganse noire et la tige des souliers vernis (si pointus et si fatigués). Je ne veux pas oublier, sur un gilet clair, l'or des breloques et le carmin des coraux qui protègent contre le mauvais œil, ni le jonc à pomme d'or serré d'une main sèche couverte d'énormes camés sertis de faux diamants. Cet étonnant cicérone, pareil à un vieux matou encore galant, me voyant démuni des renseignements indispendables me convia à les joindre. Je le fis volontiers, pour l'amour
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de cette longue jeune femme gainée de noir, et blonde, de ce blond hâlé et roussi si précieux dans les pays de lumière ardente.
Donna Sérafina cherchait aventure. Les ruines attirent les amoureuses ; elles viennent y respirer les parfums des plaisirs défunts, pareilles à ces papillons qui butinent parmi les tombeaux. Mon amie avait aussi des papillons, les grands yeux sombres relevés du coin (sur ses ailes l'argus en porte d'identiques, cernés d'un large halo noir) ; les siens à l'ombre d'un petit voile, attaché au tricorne comme un masque, provocant à la fois et gentiment funèbre, semblaient sous la dentelle prisonniers d'un filet.
Je ne sais lequel de nous deux fit la conquête de l'autre, mais d'un commun accord, nous primes le circumvesuvio. Cette jeune femme avait quelque part, à Milan je crois, un vieux mari qui lui gagnait de l'argent ; elle aimait les souvenirs du passé et s'en servait pour orner de fugitives amours. Les nôtres furent d'autant plus vives, qu'elles devaient durer quelques jours seulement ; tout mon voyage fut embelli par cette liaison éphémère.
Comment résister à l'enchantement de Naples ; le ciel est si doux et la nature si persuasive. On ne saurait se refuser aux désirs, à peine reste-t-il la force de les choisir. Aux portes des hôtels, les guides harcèlent les voyageurs ; ils égrènent tout le chapelet des amours coupables, leur insistance est telle, et la facilité, qu'ils découragent la curiosité et affadissent les plus secrètes délices. Ainsi faisait le cocher qui saluant de son fouet d'assez belles filles, nous disait ingénument : "'Si vous voulez, seigneur, ce soir, cette femme est à vous. " Hélas ! le désir est une petite flamme qu'il faut surveiller avec vigilance, on l'éteint à trop souffler dessus. Caprice est mon maître, et je prendrais volontiers pour armes parlantes, cette peinture pompéienne où l'on voit un char fait d'une coque de noix ; des abeilles le traînent et un papillon tient les rênes : coquille de noix, abeille et papillon, ces trois emblèmes me conviennent assez
♦ ♦
C'est à Sérafina que je dois d'ainïer l'art jésuite. On appelle ainsi, vous le savez, le style rocaille choisi par les bons pères, auXVIIIème siècle, pour construire leurs églises en Italie et en Espagne. Elles ressemblent avec leur élégance exubérante et leur profusion somptueuse, à des duchesses en grand habit, immobiles sur leurs tabourets de cour, surchargées de rubans et de plumes. A l'intérieur, ce ne sont que tentures de marbre diapré, pavages précieux ocellés comme la
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V
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queue des paons et boiseries plus découpées que des dentelles. Dans l'ombre dorée, on voit passer des moines cérémonieux et de gros abbés pantagruéliques qui pincent le menton des pénitentes et donnent leurs mains à baiser. Cet art là, je l'appelle fêtes dans le ciel, tant son déploiement de formes mollement arquées, tant ses volutes, ses toits ornés des pyramides, de boules, d'amphores, s'apparentent aux jeux des nuages, au balancement des palmes, au gonflement des voiles océanes dans un ciel d'apothéose à la Véronèse . . .
. . . Ces cieux suavement mouvementés et qui se font tour à tour bouquets de plumes coiffant le Vésuve, plis onduleux de rideaux que le vent soulève autour d'une couche royale , ou rides suaves venant expirer au bord des plages de l'éther.
Comment rendre l'agrément des maisons de plaisance, construites avec un désordre charmant, avec une négligence accomplie : ces cubes roses, bleus, jaunes, couleur des gélati, flanqués de perrons baroques, de balcons comiquement pansus, fendus comme des grenades, pour laisser voir les escaliers entortillés. Tout cela est gai, spirituel, joli et si éloigné des confortables maisons modernes, hideusement roides et guindées. Rien n'est plus sinistre que les faubourgs de Londres avec ces rues où le même cottage se répète indéfiniment, flanqué d'un jardinet enfumé. On ne peut voir ces demeures symétriques, sans imaginer, derrière les " Windows", le bleu regard d'une fillette que la consomption dévore, et la mélancolie. Ici tout est préparé pour l'agrément d'une vie molle, larges murs, dalles fraîches, stores épais ; sur la maison riante une feuille de palmier déploie son éventail et l'on s'attend à voir paraître à la fenêtre Inès ou Casimire, l'héroïne d'une farce moliéresque.
♦
-V
Sérafina et moi, nous nous promenâmes dans les ruelles pouilleuses qui montent vers San Martino ; des enfants nus se roulaient à terre parmi les écorces des oranges et des pastèques, mais les portes vermoulues laissaient entrevoir des jardins paradisiaques, étouffés sous une chevelure emmêlée de roses, de lys et de tubéreuses. Sur le seuil apparaissaient de belles filles effrontées : elles sont charmantes, ces jeunes napolitaines, avec leur cou onduleux, leur teint mat, et ces cheveux en grappes qui les font ressembler au faune Barberini. Leur jeunesse est éclatente et elles se hâtent de la cueillir; plus tard, épaissies, noires et criardes , ce sont les affreuses matrones dont se moque Martial.
Au haut de la colline, nous déjeunions devant ce paysage si beau, bien que profané par tant de méchaptfr-TI tres^ Valeatico,
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le ravello, ou le vesuvio, coloraient nos idées. Les soldats du fort nous souriaient d'un air complice et aussi les gardiens du Musée. Les galeries sont un peu ennuyeuses, mais désertes. On y voit une salle pleine de miroirs gravés, couleur d'eau, de lune et de fumée. Nous y admirions des nègres , des chinois , des marquises et des vendeurs d'orvietan avec leurs masques, leurs plumes et leurs parasols, croyant vivre un rêve au cœur d'une bulle de savon.
Le soir, en amoureux, nous rodions dans les ruelles sombres où les portes éclairées révèlent les secrets du peuple napolitain. Nous nous arrêtions devant l'étal des marchands de limonade étincelant de lumières , avec leurs guirlandes de fruits et de feuillage plus beaux que les Délia Robbia. Dans T'ombre des églises nous devinions des formes enfantines frileusement blotties autour d'un feu de tisons, sur les dalles de petites silhouettes paraissaient dormir, mais leurs grands yeux nous suivaient au passage.
Plus tard, une voiture nous promena tout le long du golfe de Salerne et nous avons évoqué le Comte d'Orsay , en calèche , enfoui dans les plis neigeux d'une crinoline.
Des gamins jetaient des roses sur nos genoux, le ciel brûlait doucement et nous suivions les gracieux méandres de la route, au pied des collines pareilles à des corbeilles débordant de citrons, mais déjà nos cœurs n'étaient plus que cendre.
" Dans cette vie il y a heureusement autre chose que le bonheur " n'est-ce pas Madame de Maintenon qui dit cela. Je l'ai répété après elle. Sérafina m'a quitté devant les ruines de Poestum. Je l'ai dit, elle était un peu romantique ; et puis, elle monta vers Gava retrouver une sœur de son mari, ou un autre amant. Nos paroles étaient tristes, mais nos cœurs demeuraient indifférents.
Des vols de corbeaux traversaient le ciel gris, poursuivis par des nuages noirs. II pleuvait par moments. Les temples érigeaient leur silhouette couleur de miel, d'une substance précieuse, rongée et sublimée par les siècles, au milieu des acanthes tigrées et des asphodèles. Des paons se promenaient avec une lenteur effarouchée. " Vous m'oublierez vite..." dit Sérafina.
Ce sont encore des fêtes, ces douleurs qui passent comme un orage d'été et ces nuages dont l'ombre palpite sur les paysages pathétiques.
George Barbier.
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I /V
LES OISEAUX BLANCS
A partir de Janvier commence à se peupler un tout petit espace bousculé entre les rochers et la mer, un étroit passage courant comme une rampe blanche tantôt haut et tantôt bas au-dessus de la mer, s'abaissant et s'élevant sur les flots comme le vol d'une mouette.
A partir de se mois-là accourent, saisis d'un prurit qui les attrape à époque fixe,
tous les voyageurs de ce monde , qui arrivent par auto, par bateau, par Citro, et, chaque jour à 13 heures, par rapide. Et ils n'ont pas plus tôt mis pied à terre que, merveille ! on les voit se mettre en mouvement sans perdre une minute, arpenter les uns derrière les autres la promenade des Anglais : Chaque nouvel arrivant, après avoir sauté sur un
POULE BLANCHE
FAISAN BLANC
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FLAMANT
pied pour prendre le pas, suit les autres. Et quand, arrivé à hauteur de Négresco, il y en a un fait volte-face pour re- partir dans la direction du casino de la jetée... hop ! vous voyez tout le monde, qui pivote docilement. Et s'il y en a un qui n'a pas fait attention à la manœuvre, vous ne sauriez croire à quel point il est vexé.
Je connais cela : je l'ai fait moi-même. Mais j'étais toujours en retard. C'est pourquoi j'ai fini par renoncer à la Côte d'Azur.
Mais chaque fois que revient la saison d'y aller, c'est curieux, quelque chose me démange sous le
CATOËS
pied ; et mes épaules voudraient se soulever comme si elles étaient munies d'invisibles ailes. Le matin en m'éveillant je fredonne : qui me donnera, colombe, vos ailes.. . Je sens combien je dois vous paraître ridicule. Mais je ne peux plus partir. Les génies qui me tiennent en captivité ont inventé un supplice nouveau. Figurez -vous qu'ils m'ont enchaîné à un
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TOURTERELLE ~J/$
encrier monumental que je suis condamné à vider au moyen d'un tout petit porte-plume. Même en écrivant très vite, j'en ai encore pour •trente ans.
Au bout de ce temps je serais trop vieux pour reprendre ma place dans le peloton intrépide qui imite au bord de la Méditerranée, allant et venant, latéralement, le mouvement de flux et reflux de l'Océan. Croyez- vous que moi qui avais déjà de la peine, étant jeune, à prendre le pas, j'arriverai à temps pour pivoter, quand j'aurai cinquante ans ?
J'aurai peut-être perdu le goût de la liberté.
Déshabitué de la vie, je refuserai peut-être de quitter ma prison. Qui sait même si, per- mutant volontaire, je ne demanderai pas comme unique grâce le droit de changer de cachot pour m'en fermer entre les murs froids d'une prison pire où ne pénètre aucun bruit du dehors, quand je ferai des démarches pour entrer à l'Académie française. Je vois bien que je n'irai plus jamais au pays dont parlent les romances et les films de cinéma, et où se promènent, migratrices fortunées, des dames ressemblant, vêtues de leurs blanches plumes et du même duvet, à ces oiseaux blancs, albatros, mouettes, qui s'amusent à tracer infatigablement sur le bleu du ciel, aussitôt effacée, on ne sait quelle signature de publicité. Vaudreuil.
ARRANGEMENTS
D E
COIFFURES
T Tne chevelure... ce mystère auquel on ne songe pas, cette moisson poussant hors de nous sa vie étrangère, effrayante, qui se répand sous une forme rappelant les aspects végétaux . . . est-ce que vous ne frémissez pas, d'inquiétude et d'une secrète horreur, quand vous respirez son odeur de sève, quand vous ensevelissez votre visage dans sa nuit peuplée de lueurs ?
Elle sent la sauvagerie, la vie primitive, les temps inhabités où les forêts emmêlées
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La chevelure est lissée, aplatie, piquée à la hauteur de la nuque d'un peigne garni de singe.
couvraient le globe , où le pachy- derme informe n'était autre chose que la grossière ébauche de la vie animale, où la femelle de T anthropomorphe enveloppée dans les crins s'échappant de sa tête ressemblait à un buisson de lianes d'où sortait en un grognement maussade la respiration de la vie.
Un rang de perles, entourant la tête, retient les glands de coquillage et les pompons de soie.
Un fil de soie, autour de la tête, retient les franges perlées revenant sous le menton.
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C'est pourquoi les femmes, aujourd'hui, obéissant à un instinct contemporain des kges menacés où la race à tout moment croyait périr, ont gardé la coutume de tordre sauvagement leur chevelure ; et y suspendent, comme des bandelettes à la statue des dieux, des fleurs, des bijoux, la plume des oiseaux, et autres monuments votifs du même
ordre- Celio.
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Coiffure en forme de deux cornes d'abondance ter- minées de chaque côté par des fleurs.
La chevelure, ébouriffée, est contenue dans deux mouchoirs liés. Pendantif corail et perles.
3°7
Cheveux plats pris à droite et à gauche sous dès petites feuil- les d'hermine superposées.
L'HOMME DU SOIR
NOUVEAU MANTEAU DE SOIREE,
KRIEGCK
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DESCRIPTION ET EXPLICATION
DES PLANCHES HORS-TEXTE
ET
PAGES DE CROQUIS
M
PLANCHES HORS-TEXTE
Planche 72. — Robe, de Béer. La jupe est de breitschwanz , la blouse en crêpe marocain. Cette robe est accompagnée, quand on sort, d'une jaquette en breitschwanz garnie de chinchilla.
Pl. 73. — La robe de la jeune mère a un corsage en velours noir et la jupe en ondée grège à dentelle d'argent. Ceinture en ondée. La robe de la jeune tante est de marocain vert et mousseline d'argent, rubans de velours. Chapeau en ruban. Ces deux modèles sont de Jeanne Lan vin.
3°9
Hiiiiï àri Sâal
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Pl. 74. — De Martial et Armand, une robe d'après-midi en drap libellule. La ceinture est bordée de deux rouleaux. D'un seul côté, col-revers en ragondin. Pardessus, de Larsen.
Pl. 75. — C'est une robe du soir, de Worth, en dentelle d'or avec ceinture de perles ornée de franges de perles.
Pl. 76. — Une cape, de Madeleine Vionnet.
*
Pl. 77. — Robe du soir, de Paul Poiret. Elle est de velours tissu d'argent, et garnie d'autruche.
rose et
RECTO DES PAGES DE CROQUIS
CONTENUES DANS CE FASCICULE (Modèles de LA GAZETTE)
Ces huit croquis représentent des robes et des tailleurs dont l'idée a été prise sur des vêtements de divers ordres religieux. La robe du moine, le manteau long ou court du prélat ou de l'abbé, l'uniforme sévère de la religieuse, peuvent inspirer des interprétations originales et, particulièrement, fournir de très belles et confortables robes de maison.
51e
VERSO DES PAGES DE CROQUIS
(Modèles de LA GAZETTE)
N° I. Ombrelles. — Fig. 1 , manche de bois terminé en bas par deux pointes ; l'ombrelle est nouée au moyen d'un gros ruban. —
2, Solicula, de Clément XI ; cela servait aux cérémonies religieuses. - —
3, un gros nuage blanc et un vol d'oiseaux blancs brodés en petites plumes sur l'ombrelle. — 4, manche pliant. — 5, petite ombrelle en taffetas à volants ; cela se porte au bras, par un anneau ; le manche, très court, dépasse à peine le volant quand l'ombrelle est fermée.
N° II. Veilleuses électriques. — Fig. 1 , flambeau en cuivre argenté, permettant, suivant le besoin, d'allumer une, deux ou trois ampoules. Le socle contient un petit tiroir. — 2, lanterne tendue de batik sur un pied d'ébène. — ■ 3, marbre ; boule en verre dépoli très épais. — 4, lampe en verre décoré ; pied en acajou. — 5, étoffe tendue; pied fer forgé.
N° III. Voilettes. — Fig. 1, voilette pour les yeux, fixée à un ruban noué derrière le chapeau. — 2, voile court devant et long sur les épaules, fixé à un ruban bouclé sur le côté du chapeau. — 3, voilette ronde serrée autour du cou par un ruban passant par deux bouton- nières. — 4, loup de tulle terminé par une barbe de dentelle. — 5, voilette bordée de gros poids de velours blanc, sauf à la place du visage ; se noue derrière. — 6, voilette ovale terminée par deux pans de tulle, que l'on tourne autour du cou pour les nouer sous le menton ; motifs brodés à la place des oreilles.
Nô IV. L'HEURE. — Fig. 1 , canne dont le dessus du pommeau est un boîtier contenant la montre. — 2, parapluie ; un volet s'ouvre dans le manche, et découvre un cadran. — 3, coulant de pendantif formé par une montre carrée, en or et petits brillants. — 4, ruban de bras formant petite poche où se place, pour le soir, la montre, au bout d'une double chaîne retombant en forme de fourragère. — 5, montre-fétiche formant pendantif au bout d'une cordelière.
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N° V. Cravates. — Dessins inédits pour des cravates d'hommes.
N° VI. Miroirs. — Fig. 1, miroir à manche; se plie et se porte comme un face-à-main. — 2, glace-breloque ou pendantif. — 3, miroir à main enrichi d'une montre (pour celle qui passe trop de temps devant sa glace). — 4, miroir à main portant une coupe où mettre la houppette et la poudre. — 5, miroir-montre pour mettre dans le sac. — 6, miroir- liseuse à mettre dans un livre ennuyeux. — 7, miroir enchâssé dans la monture d'un éventail.
N° VII. Le soulier, par perugia. — Fig. 1, Cotillon: demi- botte en chevreau ton sur ton, pour l'après-midi ; on peut la faire en satin. L'avantage de ce botillon est qu'il crée un compromis entre la bottine haute et le soulier. — 2, Madrid : soulier haut, en chevreau, destiné à la marche. — 3, François Ier : botillon en satin, ou en antilope ; il est muni de crevés laissant voir le bas de la jambe : soulier de visite. Ces trois modèles sont de Perugia.
N° VIII. Le mouchoir. — Fig. 1 , mouchoir rond, monogramme très petit au milieu. — 2, mouchoir à pans ; autant de pointes que de lettres dans le nom. — 5, mouchoir rond ; le chiffre est brodé dans un carré de couleur incrusté dans l'ourlet. — 4, mouchoir de ménage, rectangulaire, pouvant servir indifféremment à la femme et à l'homme. 5, le chiffre de ce mouchoir carré est mobile ; il tient à un léger ruban passé dans une boutonnière ; filigrane très fin. — 6, les jours de la semaine. — 7, mouchoir double fait de deux batistes de couleur différentes superposées au milieu ; les pointes de ces deux carrés sont visibles dans leur couleur propre, tandis que, au milieu, un effet de transparence donne une troisième couleur, par superposition (ex : bleu et rose = milieu mauve).
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TETE A TÊTE
ROBE, DE BEER
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N" W de La Gazette
Année 1922. — Planche 72
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"LAISSE-LE MOI PRENDRE..."
ROBES, DE JEANNE LANVIN
H" 10 de La Gazette
Année 1922. - Plandie 73
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"PAUVRES PETITES BÊTES..."
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LE VOYAGE SENTIMENTAL
ROBE D'APRÈS-MIDI, DE MARTIAL ET ARMAND. PARDESSUS, DE LARSEN
N° 10 de La Gazette
Année 1922. — Planche 74
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ROBE DU SOIR, DE WORTH
W° 10 de La Gazette
Année 1922. - Planche 75
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UNE CAPE, DE MADELEINE VIONNET
W° 10 de La Gazette
Année 1922. — Planche 76
LA CENDRE DE LA CIGARETTE
ROBE DU SOIR, DE PAUL POIRET
H" W de La Gazette
Année 1922. — Planche 77
K° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° I
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BÉNÉDICTINE-BERNARDINE
RÉFORMÉE DE PORT ROYAL
(XV II le SIÈCLE)
OMBRELLES POUR L ÉTÉ QUI VIENT
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M° '10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° II
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ABBÉ ITALIEN (xvnie siècle)
LES VEILLEUSES ÉLECTRIQUES
W° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° III
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W° 10 de La Gazette
'Année 1922. - Croquis N° IV
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N° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° V ,
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N° 10 de La Gazette
Année 1922. - Croquis N° VI
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de La Gazette Se 1922. ~ Croquis N° Vil
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DE ROME (XVIIÏe SIF.C ;COSTUME DE \ ELT\
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jtf° W de La Gazette Année 1922. - Croquis N° VIII
CHARTREUX
ROBE DE MAISON
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LINGERIE
LE- MOUCHOIR
vient de
J.
paraître
ANTOINE
ET
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CLEOPATRE
Je W. SHAKESPEARE
TRADUIT PAR
André GIDE
ILLUSTRATIONS
DE
DRÉSA
EN UN TIRAGE ORNÉ DE LETTRINES DESSINÉES ET GRAVÉES SUR BOIS PAR LLANO-FLOREZ ET LIMITÉ A VINGT-CINQ, EXEMPLAIRES SUR VIEUX JAPON, DONT DIX HORS COMMERCE
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XXIII
LA
ET TOUS LES SPORTS
LE TENNIS
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